Le Faena New York, palace flambant neuf de West Chelsea, dérange. Derrière la polémique sur l’hébergement du vice-président de la République Tiémoko Meyliet Koné à New York, se joue une bataille d’adresses et de couloirs que le VPR n’a jamais engagée.
Un article publié ce 4 septembre 2026 reproche au service chargé de la question à la présidence ivoirienne d’avoir logé le VPR hors du périmètre onusien, dans un hôtel « de Soho ». Erreur d’adresse déjà : le Faena est à Chelsea, au 500 West 18th Street. Erreur de fond surtout : Alassane Ouattara n’a que rarement séjourné au Waldorf depuis 2011, et la vraie querelle se joue ailleurs.
Présenter le Waldorf Astoria comme l’adresse « habituelle » du chef de l’État relève de la reconstitution. Depuis 2011, Alassane Ouattara n’a pris la parole en personne à la tribune de l’AGNU qu’à six reprises : 2011, 2013, 2014, 2016, 2017 et 2022. Or le palace de Park Avenue a fermé ses portes le 1er mars 2017 pour une rénovation de plus de huit ans, et n’a rouvert que le 15 juillet 2025. Quatre séjours au plus ont donc pu s’y dérouler, et selon nos informations le chef de l’État n’y est pas descendu plus de deux fois. Difficile d’y voir une tradition rompue.
La vérité est ailleurs. Depuis sa réouverture, le Waldorf suscite un vif intérêt dans le monde diplomatique, en particulier au sein de la mission ivoirienne auprès des Nations unies et chez certains membres de la délégation présidentielle. Plusieurs ont tenté, sans succès, d’obtenir qu’il soit retenu pour cette 81e session, qui s’ouvre le 8 septembre avec un débat général du 22 au 28 septembre. C’est cet échec qui nourrit aujourd’hui les critiques suscitées et relayées contre le Faena.
Reste l’argument de la distance. Il est exact, et il faut l’assumer. Le Waldorf est à un kilomètre du siège de l’ONU, à la lisière du périmètre sécurisé. Le Faena en est à trois kilomètres et demi à vol d’oiseau, soit une vingtaine de minutes de route à travers Manhattan, davantage aux heures de pointe de la semaine de haut niveau. Mais un vice-président de la République ne se rend pas à l’ONU à pied : il se déplace en cortège escorté, dans des conditions de sécurité qui rendent la traversée de la ville sans objet, ni difficulté. Ceux qui peuvent souffrir de cet éloignement ne sont pas le VPR, mais justement des membres de la délégation qui peuvent être davantage préoccupés par du shopping sur la Cinquième Avenue et des rendez-vous d’après-séance que par les travaux de l’Assemblée, le confort ou la sécurité du vice-président de la République.
Le Faena, lui, offre au vice-président ce qu’un hôtel saturé de délégations ne garantit jamais : de la distance, du calme et du repos entre deux journées de diplomatie.
Le vice-président n’a pris aucune part à la décision, arrêtée par les services de la présidence. Représentant du chef de l’État à New York en 2023 et 2024 déjà, il n’a jamais fait de son hôtel un sujet. Lui prêter un choix contestable, une préférence, ou en faire la cible d’un débat sur la logistique, revient à se tromper d’adresse.
Ouvert le 9 septembre 2025 au 500 West 18th Street, le Faena New York est le premier hôtel new-yorkais du groupe de l’Argentin Alan Faena : 120 chambres et suites, spa parmi les plus vastes de Manhattan, table du chef Francis Mallmann. L’établissement revendique le top 5 de la ville et compte le vice-président américain JD Vance parmi ses clients.
Le VPR ira à l’ONU pour parler de la Côte d’Ivoire, au nom du chef de l’État. Le reste relève des couloirs, des bruits et des luttes d’influence internes, pas de la diplomatie.
Charles Kouassi
