Fête des mères à Aboisso – Dominique, Henriette, Simone : le message que les hommes politiques ne peuvent plus ignorer

Le 30 mai 2026 à Aboisso, Dominique Ouattara, Henriette Konan Bédié et Simone Ehivet Gbagbo ont célébré ensemble la Fête des Mères. Cette union historique de trois Premières Dames, issues de bords politiques opposés, envoie un puissant message de cohésion nationale, doublé de 4,4 milliards de FCFA d'investissements pour les femmes.

Quand trois Premières Dames unies envoient aux hommes politiques le plus beau message de la Fête des Mères. Ce samedi 30 mai 2026, la place Alexis Elleinga Etchie d’Aboisso a vibré d’une émotion rare. Pour la célébration officielle de la Fête des Mères, la Première Dame Dominique Ouattara n’est pas arrivée seule. À ses côtés, Henriette Konan Bédié et Simone Ehivet Gbagbo, toutes deux filles de la région du Sud-Comoé, ont fait le déplacement. Trois femmes que l’histoire politique ivoirienne a souvent placées dans des camps adverses, réunies sous le même soleil, applaudies par la même foule. Un symbole que nul discours politique n’aurait pu égaler.

Il était 11h35 lorsque le cortège est entré sur la place. En tête, les deux anciennes Premières Dames, Henriette Konan Bédié et Simone Ehivet Gbagbo, précédant leur hôte du jour. Le public, majoritairement féminin, a immédiatement saisi la portée historique de l’image : trois femmes qui ont chacune habité le Palais, trois épouses de présidents que tout semblait séparer, avançant ensemble sur la même terre, celle du Sud-Comoé qui les unit toutes les deux par les racines.

Le Maire d’Aboisso, dans son allocution, a été le premier à nommer ce que tout le monde ressentait : la présence de Madame Henriette Konan Bédié et de Madame Simone Ehivet Gbagbo aux côtés de leur sœur Dominique Ouattara est « un signal fort », « le symbole » et « le point de départ d’une nouvelle ère ». Dans son discours, la Première Dame Dominique Ouattara elle-même a chaleureusement salué ses deux aînées, les remerciant d’avoir « effectué le déplacement pour célébrer avec nous nos mamans du Sud-Comoé » et soulignant que « leur présence la touche profondément ».

Le Président du Conseil Régional, Dr Eugène Aka Aouélé, a, lui, mis des mots définitifs sur ce moment : « La présence distinguée de Madame Henriette Konan Bédié et de Madame Simone Ehivet Gbagbo revêt une signification particulière, celle du rassemblement, celle du vivre-ensemble et celle de la cohésion sociale. C’est un acte d’élégance républicaine et de solidarité. »

Le message aux hommes politiques est limpide : si les femmes qui ont le plus de raisons de se diviser savent se retrouver, qui peut encore excuser les fractures entre les hommes ?

 4,4 milliards de FCFA pour les femmes du Sud-Comoé

Au-delà du symbole, la journée a été marquée par des actes concrets. La Première Dame a annoncé une enveloppe additionnelle de 500 millions de FCFA au titre du FAFCI, son Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire, portant le total mis à disposition des femmes du Sud-Comoé à 4 milliards 400 millions de FCFA depuis 2012. Un taux de remboursement de 97,62 % dans la région témoigne de la sérieux avec lequel ces femmes, souvent invisibles des statistiques officielles, s’approprient les outils de leur propre émancipation.

À cela s’ajoutent 616 millions de FCFA de dons en vivres et non-vivres, ainsi que 5 000 complets de pagnes wax offerts aux mères de la région. « Ce n’est que lorsque nos familles sont prospères et épanouies que notre pays peut avancer et se développer sereinement et dans la paix », a déclaré Dominique Ouattara, en exhortant les femmes à « demeurer des actrices de cohésion sociale et du vivre-ensemble ».

 Une région matriarcale qui accueille trois mères de la Nation

Le choix d’Aboisso n’est pas anodin. Dans le Sud-Comoé, l’organisation sociale des peuples Agni-Sanwi, Abouré et Éhotilé repose sur le matriarcat : la famille maternelle est au cœur de l’identité communautaire. Accueillir trois Premières Dames sur cette terre où la femme est, par tradition millénaire, au centre de tout, donne à la cérémonie une résonance culturelle particulièrement profonde.

Deux bénéficiaires du FAFCI ont pris la parole pour témoigner de la transformation concrète de leur vie grâce au fonds. Leurs récits, une activité relancée, une famille nourrie, une dignité retrouvée  ont visiblement ému l’assistance. C’est peut-être là, dans ces voix de femmes ordinaires devenues extraordinaires, que réside le vrai discours de la journée.

 Le rendez-vous annuel d’une Première Dame itinérante

Depuis plusieurs années, Dominique Ouattara a institué une tradition : célébrer la Fête des Mères dans une région différente chaque année, au plus près des femmes de Côte d’Ivoire. En 2025, c’était Sinématiali, dans la région du Poro, avec l’inauguration d’un lycée d’excellence portant son nom. En 2026, c’est Aboisso et la région du Sud-Comoé. L’an prochain, d’autres mères, dans d’autres villages, attendront leur tour.

Mais cette année, aucune édition passée n’aura eu la densité symbolique de celle-ci. Parce qu’au-delà des chèques, des pagnes et des applaudissements, Aboisso aura offert à la Côte d’Ivoire l’image qu’elle cherche depuis trop longtemps : trois femmes, trois histoires, une même étreinte.

Philippe Kouhon