Le G7, un club restreint de pays riches ?
Dans les années qui ont suivi les indépendances, les relations entre l’Afrique et l’Occident se sont construites dans le seul intérêt des anciennes puissances coloniales et des pays riches sur fond de paternalisme et d’ingérence néocoloniale. Le symbole absolu de cette ingérence néocoloniale a été la « Françafrique ». Aujourd’hui, la planète entière se précipite en Afrique. Les anciens amis de l’Afrique (Chine, Russie) et les nouveaux (les monarchies pétrolières du Golfe, l’Inde, la Turquie, etc.), sans passif colonial, viennent concurrencer l’Occident et il n’existe plus de « pré carré » africain comme en témoigne le dernier Sommet France-Afrique qui, pour la première fois, s’est tenu dans un pays anglophone. Paris entendait ainsi enterrer de façon définitive la Françafrique » et le passif colonial qui oblitère les relations entre la France et l’Afrique francophone. Le G7 2026, qui se tient en France, à Evian, du 15 au 17 juin, offre à Emmanuel Macron, le président français dont le mandat s’achève en mai 2027, une dernière occasion de créer un véritable point de bascule dans les relations entre les pays les plus riches et l’Afrique.
Une rhétorique du changement qui tourne à vide
La communauté internationale, qui a parfaitement conscience que l’Afrique ne peut pas rester éternellement enfermée dans la double impasse de l’aide publique au développement, qui diminue sans cesse, et de l’aide humanitaire, impactée par le départ des Américains, développe actuellement une rhétorique du changement dans les relations entre les pays riches et l’Afrique. Mais, cette rhétorique tourne à vide, car les promesses de réforme de l’architecture de la finance mondiale ne sont pas tenues, comme ne sont pas tenues les promesses d’industrialisation du continent.
Le G7 reste un club restreint de pays riches qui sert les seuls intérêts d’une poignée de pays certes démocratiques (France, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Japon et Canada), mais dont la puissance économique leur permet d’exercer une forte influence sur les grandes orientations de l’économie mondiale. L’Afrique reste enfermée dans une économie de la rente avec l’exportation de ses matières premières brutes. Certains pays africains sont bien invités aux différents sommets du G7, mais ils sont peu écoutés, alors que le continent est la région du monde la plus impactée par les crises multiples que connaît le monde : crises démographiques, sanitaires, industrielles, climatiques, financières, sécuritaires, géopolitiques.
Les défis que doit relever l’Afrique dans le nouveau monde sont connus, en particulier le défi de son industrialisation, mais les logiques prédatrices du vieux monde perdurent, y compris dans les relations que certains Etats africains ont avec des puissances étrangères, en particulier ces « vieux amis » (Russie, Chine) qui n’ont pas avec le continent de passif colonial.
La communauté internationale, qui, pourtant, multiplie les prises de position en faveur de l’Afrique, reste minée, comme à l’époque de la « Guerre froide », par les guerres d’influence que se livrent les grandes puissances soucieuses de leurs seuls intérêts géoéconomiques et géopolitiques. Prendre véritablement la mesure des investissements et des transferts de technologie nécessaires à la transformation de l’Afrique semble hors de portée de la communauté internationale.
Le signe de cette impuissance à accompagner l’Afrique dans sa transformation est l’aggravation continue de la dette des Etats africains, une dette qui, aujourd’hui, augmente deux fois plus rapidement que celle des pays riches. Contrainte de déclarer un défaut de paiement en 2020, la Zambie a obligé la Chine à restructurer sa « dette chinoise », ce que Pékin n’aime pas. Le Sénégal, écrasé par le poids de sa dette, tarde à obtenir le soutien du FMI.
La dette cachée du pays, qui a surgi après le départ du président Macky Sall, en 2024, pèse aujourd’hui sur les finances nationales, obligeant Dakar à se rapprocher du défaut de paiement. Comment, pour l’Afrique, trouver un équilibre entre une croissance qu’il faut financer et un endettement soutenable, alors que l’augmentation continue de la dette compromet la souveraineté financière de plusieurs Etats africaines, limitant leur capacité à investir dans des secteurs pourtant essentiels tels que la diversification de l’économie, l’industrialisation, la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation, et dans les urgences nouvelles la lutte contre le changement climatique.
Comment mieux accompagner l’Afrique dans sa transformation ?
Tous les sommets, du G7 qui réunit les pays les plus riches aux différentes COP onusiennes, en passant par les sommets bilatéraux de type France-Afrique, doivent avoir comme priorité absolue l’inclusion de l’Afrique dans la mondialisation, alors que l’on constate le maintien des vieux systèmes (architecture financière mondiale issue de Yalta, aide publique au développement, aide humanitaire, spirale de l’endettement) qui ont montré leurs limites.
Pour Bitange Ndemo, ancien ambassadeur du Kenya auprès du Royaume de Belgique et de l’Union européenne de 2022 à 2026, « l’Afrique n’a pas besoin d’être sauvée, elle a besoin de justice financière ». Elle a donc besoin de choix politiques clairs, hors de tout enfermement idéologique, qui vont permettre de réformer en profondeur l’architecture financière mondiale, afin que le continent ne soit plus vu par les agences de notations et les investisseurs comme un risque, mais comme une puissance économique en devenir.
Les vieux clichés sur l’Afrique (instabilité politique, fraudes électorales, corruption), ce que Bitange Ndemo nomme le « malus africain », ne reflètent nullement la réalité économique du continent et son potentiel de développement. Ce potentiel apparaît à travers le projet de la ZLECAf (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) porté par l’Union Africaine.
L’Afrique d’aujourd’hui n’est plus l’Afrique des clichés
Les termes de l’intégration de l’Afrique dans la mondialisation sont en train de changer pour trois raisons : 1) l’Afrique possède des richesses naturelles qui semblent inépuisables, notamment dans le secteur stratégique des minerais 2) Elle dispose d’un capital humain jeune et créatif, capable de transformer tous les secteurs d’activité (agriculture, industrie, finance, etc.) en moteurs de croissance 3) Avide de souveraineté, elle semble en mesure d’imposer une grammaire économique nouvelle lors des sommets de coopération multilatérale ou bilatérale.
Dans le cadre du Sommet « Africa Forward », qui s’est tenu à Nairobi, Emmanuel Macron, le président français, et William Ruto, le président kényan, ont déclaré que l’Afrique n’a pas besoin d’aide publique au développement, mais d’investissements massifs. Le rééquilibrage structurel des relations entre l’Afrique et la communauté internationale se heurte à une réalité : il n’existe pas une Afrique mais des Afriques.
Les pays africains invités au G7 sont des pays compatibles avec l’Occident. Pour ne pas décevoir cette Afrique qui reste occidentalo-compatible, le renouveau rhétorique doit se traduire par des décisions concrètes en faveur de l’investissement et du co-investissement sur le continent.
Christian Gambotti
Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Powe Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org
