La Société nationale des mines du Cameroun (Sonamines) a révélé, le 25 mai 2026, un écart vertigineux entre les 148 kilogrammes d’or officiellement exportés entre 2021 et 2025 et les 44 tonnes enregistrées à Dubaï sur la même période, un manque à gagner estimé à 1.914 milliards FCFA. Dans l’Est et l’Adamaoua, régions aurifères touchées, des entreprises chinoises figurent en bonne place parmi les opérateurs visés.
Un écart qui ne date pas d’hier
Selon le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, ces 44 tonnes d’or, enregistrées à Dubaï entre 2021 et 2025, représentent près de 3,4 milliards de dollars, soit environ 1.914 milliards FCFA. Le phénomène n’est pas inédit : un rapport d’Interpol publié en 2021 avait déjà recensé plus de 73 tonnes d’or camerounais enregistrées aux Émirats arabes unis entre 2008 et 2018, pour une production officielle restée inférieure à une tonne.
Pour la seule année 2023, le rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) confirme cette tendance : les douanes camerounaises n’ont déclaré que 22,3 kilogrammes d’or exportés, contre 15,2 tonnes enregistrées par les Émirats arabes unis sur la même période.
Des entreprises chinoises au cœur des soupçons
Mi-mai 2026, le ministère des Mines a recensé près de 200 sociétés d’orpaillage illégal dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont 95 % sont étrangères. Des opérateurs chinois, américains, canadiens et soudanais figurent parmi les structures épinglées.
À Batouri, la société Jamb’s Avenir Sarl (société minière camerounaise), seule détentrice légale d’un permis de recherche sur le site, accusait dès 2024 plusieurs entreprises d’y opérer sans autorisation : Zhengguo Sarl, Solidarité minière Sarl, Ling Xin Rong, Gold Lion, Friends, M3G Mining et Meng Chen. La Cour suprême camerounaise a tranché en sa faveur en août 2024.
Drames humains et dégâts environnementaux
Le site de Kambélé III, dans l’Est, a connu un drame en août 2022 : trois personnes sont mortes et quatre ont été blessées dans des fosses appartenant à une exploitante chinoise. L’usage du mercure et du cyanure y avait déjà été documenté par des organisations environnementales locales.
Les autorités ont suspendu plusieurs sites, mais une partie des opérateurs se serait depuis redéployée sur un nouveau front minier moins surveillé, à Baraberé, à une vingtaine de kilomètres de Batouri.
Une vigilance qui concerne aussi la Côte d’Ivoire
Vu d’Abidjan, ce scandale rappelle une réalité partagée par plusieurs pays de la sous-région : l’orpaillage clandestin et la présence d’opérateurs étrangers non régulés fragilisent à la fois les recettes publiques et les écosystèmes locaux. La Côte d’Ivoire, elle aussi confrontée à une exploitation minière informelle dans certaines localités de l’intérieur, suit ce dossier camerounais avec attention.
Combien de temps encore les ressources aurifères africaines profiteront-elles davantage à des réseaux clandestins qu’aux populations locales ?
Une correspondance particulière F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info
– Rédaction, « Cameroun : Entre 2021 et 2025, 44 tonnes d’or ont été exportées vers Dubaï en dehors des circuits officiels », Sika Finance, mai 2026
– EITI, « Cameroon’s gold gap: How EITI data is driving reforms », eiti.org, 17 avril 2026
– Rédaction, « Cameroun : près de 200 sociétés illégales identifiées dans l’extraction artisanale d’or », AllAfrica, 14 mai 2026
