L’éboulement de terrain d’Attecoubé n’a pas seulement emporté des maisons. Il a englouti des vies, des familles, des souvenirs. Ceux qui ont été ensevelis sous les décombres ne reviendront plus jamais. Leur silence nous oblige.
L’urgence est là. Elle n’est plus une hypothèse scientifique ni une inquiétude pour demain. Elle est devenue une réalité qui frappe nos quartiers, nos foyers et nos existences. Les inondations, les canicules, les glissements de terrain et les sécheresses ne sont plus des accidents isolés : ils dessinent le visage d’un dérèglement climatique désormais installé.
L’urgence est là. Elle est d’abord une écologie de la vie. Respirer un air sain, boire une eau potable, vivre sur un sol sécurisé ne relèvent pas du confort, mais du premier des droits : le droit à la vie. La santé environnementale doit désormais constituer le socle de toute politique publique.
L’urgence est là. Elle est aussi une question de justice sociale. Le climat ne frappe pas tout le monde avec la même violence. Ce sont les plus pauvres qui suffoquent dans des logements devenus de véritables passoires thermiques lorsque la chaleur écrase les villes.
Ce sont eux encore qui périssent dans des quartiers transformés en passoires hydrauliques lorsque les pluies déchaînent leur puissance. Les désordres écologiques aggravent les inégalités et condamnent toujours les plus vulnérables.
L’urgence est là. Elle exige le courage de la vérité. Le dérèglement climatique ne relève plus du débat idéologique. Chacun peut désormais en constater les effets. Poser le bon diagnostic n’a pas pour objectif de sauver la nature. Elle nous survivra.
Il s’agit de sauver des femmes, des hommes et des enfants. Il est temps de dépasser l’écologie des petits pas pour construire une véritable justice climatique et sociale.
L’urgence est là. Elle appelle enfin une volonté politique sans compromis. Protéger l’intérêt général suppose parfois de refuser les installations à risque, de faire respecter les règles d’urbanisme pour changer les comportements et les modèles qui défient l’occupation rationnelle des espaces.
Tolérer l’inacceptable au nom des difficultés sociales revient à poser des colliers de rustines sur des pneus définitivement crevés : l’illusion remplace alors la solution.
L’urgence est là. Attecoubé ne doit pas devenir un simple fait divers. Que cette tragédie soit le point de bascule où la compassion cède enfin la place à l’action, afin que plus jamais la pluie ne transforme nos quartiers en cimetières et que le droit à la vie demeure la plus haute des priorités.
Dr. Kalilou Coulibaly
