Denis Charles Kouassi DG CNPS : « Nous voulons être la racine de l’industrie financière »


À Dar es Salaam, le patron de la CNPS ivoirienne a aligné devant les grands argentiers du continent des chiffres que peu d’institutions de prévoyance africaines exposent en public. Récit d’une conversion.

L’exposé liminaire a tenu en cinq minutes.
Pas davantage. Mais suffisant pour poser un cas d’école. Denis Charles Kouassi, directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale de Côte d’Ivoire, intervenait au forum Infra for Africa, organisé par Africa50 les 4 et 5 août 2026 dans la capitale économique tanzanienne.

Son propos tient en une bascule. Celle de 2012. « Depuis 2012, nous avons abandonné ce système qui nous mettait dans des déficits énormes », résume-t-il. Le système en question, la répartition pure, ne dégageait aucun excédent mobilisable. Entre 2005 et 2011, la caisse a accumulé 300 millions de dollars de déficit. La seule année 2011 en pesait 56.

Deux leviers ont été actionnés. L’âge de la retraite est passé de 55 à 60 ans. Le taux de cotisation, de 8 à 12 %. « On différait nos dépenses sur cinq ans, mais on a [augmenté] nos ressources fortement », explique le directeur général. L’effet est immédiat : 12 millions de dollars d’excédent dès 2012, puis 450 millions cumulés à l’horizon 2025.

Le reste suit. Le bilan de l’institution grimpe de 350 millions à 3,5 milliards de dollars. Le portefeuille monétaire et financier passe de 47 millions à 2,8 milliards. Le portefeuille global, immobilier compris, atteint 3,4 milliards.

Ces montants changent la nature de la maison. « Nous sommes le plus grand investisseur de la BRVM », affirme Denis Charles Kouassi. La caisse est aussi devenue le premier pourvoyeur de fonds de l’État ivoirien sur le marché obligataire : 6 millions de dollars de stock en 2012, 1,2 milliard en 2025. Ses participations dans les entreprises ivoiriennes sont passées de 20 à 700 millions.

Elle investit dans l’énergie, dans les banques, dans les fonds. Depuis 2015, plus de 150 millions de dollars engagés auprès d’Amethis, d’Africa50 et désormais d’AFC. Un fonds local de 150 millions destiné aux petites entreprises est en préparation. Et lorsque BNP Paribas s’est retiré d’une banque ivoirienne, c’est un consortium incluant la CNPS qui a repris l’actif, valorisé à plus de 400 millions de dollars.

Reste la phrase qui a fait lever quelques têtes dans la salle. « Nous voulons être la racine de l’industrie financière dans notre pays et en Afrique. » Ambition démesurée ? Le dirigeant avance un chiffre pour l’étayer. La Côte d’Ivoire compte environ un million de salariés cotisants. Elle compte sept millions de travailleurs indépendants, qu’un régime tout neuf commence à peine à couvrir. « Vous voyez le potentiel que ça représente », conclut-il.

Charles Kouassi