L’usage de l’intelligence artificielle dans la fresque du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, célébré à Yopougon, a déclenché des réactions. Le chorégraphe Georges Momboye, qui signe la création, a accepté de répondre à Afrikipresse. Il défend un choix artistique assumé et avance le chiffre de huit minutes de musique générée par IA sur une trentaine.
CE QU’IL FAUT RETENIR
Georges Momboye assume l’usage ponctuel de l’IA dans la création musicale de la fresque. Il affirme en avoir écrit lui-même les textes et les messages. Il chiffre à huit minutes, dix au maximum, la part générée avec l’appui de l’IA sur vingt-huit à trente minutes de spectacle. Il dit prendre acte des critiques et n’entend pas faire de l’outil une pratique systématique. Aucun compositeur ivoirien n’a été associé à cette partie de la création, un point sur lequel le chorégraphe ne s’exprime pas.
« Le rôle d’un créateur est de savoir explorer son époque »
Comment et pourquoi avoir choisi la musique générée par IA pour les fresques de l’indépendance 2026 ?
Le choix d’utiliser l’intelligence artificielle dans la création musicale de cette fresque est avant tout un choix artistique et contemporain. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, avec de nouveaux outils à notre disposition. Le rôle d’un créateur est aussi de savoir explorer son époque, tout en restant profondément attaché à son identité, à sa culture et au message qu’il souhaite transmettre.
Il ne s’agit absolument pas d’opposer l’intelligence artificielle aux artistes, aux musiciens ou aux immenses talents que compte notre pays. L’IA n’a pas remplacé ma pensée artistique. Elle a été un outil au service de celle-ci. Les textes, les paroles et les messages ont été écrits et pensés par moi-même, puis retravaillés et harmonisés à plusieurs reprises avec l’aide de l’IA, afin de trouver la couleur musicale la plus juste pour accompagner et sublimer la dramaturgie du spectacle.
Cette fresque carnavalesque de l’indépendance 2026 raconte justement une Côte d’Ivoire en mouvement, entre héritage, transformation, modernité et avenir. Il me paraissait donc intéressant que la création elle-même puisse dialoguer avec les outils de notre temps.
Je veux également dire que je comprends et que je respecte les réactions de mes sœurs, de mes frères et de mes amis ivoiriens. Je reçois leurs observations et leurs critiques comme des contributions constructives. J’en prends pleinement note. Qu’elles soient exprimées avec passion, avec sévérité ou avec bienveillance, toutes ces paroles m’amènent à réfléchir, à analyser mes choix et à chercher comment mieux faire lors des prochains projets.
Un artiste doit aussi savoir écouter son public et son pays. Je remercie sincèrement tous ceux qui se sont exprimés pour leur franchise et leur ouverture. Je suis à leur écoute et, avant tout, au service de mon pays. Leurs observations, leurs suggestions et leurs idées nourriront ma réflexion et amélioreront ce que nous construirons demain.
Car au-delà des débats, nous partageons une même ambition : faire avancer notre culture, valoriser nos talents et faire rayonner la Côte d’Ivoire. La technologie reste un outil. L’émotion, la vision, les mots, l’intention et l’identité de l’œuvre demeurent profondément humains. Et à mes frères, mes sœurs et mes amis ivoiriens, je veux simplement dire merci. Je vous écoute, j’apprends de vos observations, et nous continuerons ensemble à œuvrer pour notre Côte d’Ivoire.
[« Huit minutes » sur une trentaine, selon le chorégraphe]
Combien de minutes de musique générée par IA le spectacle compte-t-il, par rapport aux musiques anciennes et classiques ?
Sur les vingt-huit à trente minutes de spectacle, j’ai utilisé environ huit minutes de musique réalisée avec l’appui de l’intelligence artificielle. Dix minutes au maximum. C’était un choix artistique précis : je voulais créer une rencontre entre tradition et modernité.
L’essentiel de la fresque s’est appuyé sur nos musiques ivoiriennes, nos rythmes traditionnels, ainsi que sur des œuvres et des sonorités qui appartiennent à notre patrimoine et qui sont chères au cœur des Ivoiriens. L’IA est intervenue ponctuellement, comme un outil d’accompagnement et de liaison, pour soutenir cette matière musicale, apporter une dynamique supplémentaire et accompagner certains moments du spectacle vers la modernité.
Je tiens surtout à le dire avec beaucoup de sincérité. J’ai une profonde admiration et un immense respect pour les compositeurs, les artistes, les musiciens et les chanteurs de Côte d’Ivoire. L’utilisation ponctuelle de l’intelligence artificielle ne rompt en rien ce lien, cette admiration et ce respect que j’ai toujours eus pour leur talent, leur créativité et leur contribution exceptionnelle à notre culture.
Il n’a jamais été question pour moi de remplacer nos artistes. Bien au contraire. J’ai voulu faire dialoguer notre patrimoine musical, le talent et la créativité ivoirienne avec les nouveaux outils de notre époque. C’est cette rencontre que j’ai recherchée : la tradition comme socle, nos artistes et la créativité ivoirienne comme force et identité, l’innovation comme ouverture vers l’avenir.
[« Ni une priorité ni une obligation » pour la suite]
Quelles en sont les perspectives ?
Mes créations sont différentes les unes des autres. L’intelligence artificielle n’est pas un outil principal de ma créativité, encore moins un recours systématique. Selon les spectacles et les projets, je peux l’utiliser ponctuellement ou ne pas l’utiliser du tout.
Je reste avant tout un artiste en recherche permanente. Bien avant l’arrivée de l’IA, nous créions, nous inventions, nous nous renouvelions. Cette démarche reste fondamentale pour moi. Je continue donc d’explorer toutes les pistes, humaines, artistiques, culturelles, scientifiques et techniques, avec cette volonté constante de nourrir et de renouveler mon langage artistique.
Mais ma priorité reste profondément l’humain : le vécu, les rencontres, les émotions, nos cultures, nos traditions, notre mémoire. Je fouille dans mon bagage, dans le passé et dans le présent, pour ensuite me projeter vers l’avenir.
Je reste humblement ouvert à toute forme de recherche et d’innovation. Si, pour un projet particulier, l’IA peut servir une intention artistique et apporter quelque chose de pertinent, je peux y avoir recours. Mais elle ne constitue ni une priorité ni une obligation dans mon processus de création.
Je cherche d’abord dans l’humain, dans notre patrimoine, dans mon expérience et dans la rencontre avec les autres. Ensuite, si le besoin artistique l’exige, la technologie peut venir accompagner cette recherche. L’outil peut évoluer avec les époques. L’humain demeure au cœur de la création.
CoolBee Ouattara
