L’importance de l’enseignement technique et professionnel
Dans l’inconscient populaire, il existerait, dans un gouvernement, des ministères moins importants que d’autres, comme le laisse supposer une hiérarchie qui suit un ordre précis défini lors des décrets de nomination, avec des ministres d’État, des ministres de plein exercice, des ministres délégués et des secrétaires d’État.
Cérémonie de lancement du bilan 2025 et de l’exercice 2026 du FDFP
Parmi les ministères sous-estimés figure le ministère de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, que dirige Adama Kamara. Ce ministère, devenu un ministère plein dans le gouvernement Beugré Mambé II, pilote la formation qualifiante, l’apprentissage et l’insertion professionnelle des jeunes Ivoiriens. À côté de la construction et de la réhabilitation des lycées techniques et professionnels, le ministère est en charge de l’organisation des formations initiales et continues (CAP, BT, BTS) et du développement de l’École de la deuxième chance pour l’insertion des jeunes.
C’est aussi un important levier d’autonomisation, de protection et d’épanouissement d’une grande partie de la jeunesse ivoirienne qui, projetée hors de l’enseignement général, est orientée vers des formations plus courtes et techniques, souvent considérées, à tort, comme dévalorisantes. Le ministre Adama Kamara conduit une action qui s’inscrit dans la dynamique du Plan national de développement (PND) 2026-2030, qui fait du développement de l’enseignement technique et de la formation continue des leviers d’excellence indispensables pour aller vers une croissance inclusive et durable en valorisant le potentiel de tous les jeunes Ivoiriens, filles et garçons confondus, confrontés à de nombreux défis dont le faible accès à l’emploi, les discriminations fondées sur le genre et le manque de protection sociale, notamment en matière de santé sexuelle (le fléau des grossesses en milieu scolaire en Côte d’Ivoire est un problème social majeur qui menace l’avenir éducatif et la santé de milliers de jeunes filles).
Avec près de 75,6 % de la population âgée de moins de trente-cinq ans, la jeunesse ivoirienne constitue un atout majeur pour le développement national. Ne pas prendre en compte l’importance de l’enseignement professionnel et technique, de la formation continue, serait une erreur au moment où la Côte d’Ivoire cherche à écrire la page de son industrialisation et à développer le secteur privé. Former les dirigeants de demain est une nécessité, mais, à court terme, le pragmatisme économique doit conduire à l’élévation des qualifications professionnelles des salariés qui sont déjà dans l’entreprise et de tous ceux qui sont en recherche d’emploi. Le gouvernement doit donc renforcer la qualité des systèmes de formation professionnelle et d’apprentissage (enseignement technique et formation continue), tout en cherchant, à travers ces formations, à favoriser la santé, la protection et le leadership des jeunes filles et garçons, à travers des actions concrètes et mesurables dans les résultats.
La valorisation du capital humain est au programme du PND 2026-2030 et au cœur d’une stratégie qui vise à faire passer le pays au rang de nation à revenu intermédiaire supérieur, tout en faisant progresser l’indice de capital humain de 0,38 à 0,7 d’ici à 2030. Les objectifs sociaux et démographiques sont les suivants : dans le domaine de l’emploi, une hausse de la population active occupée de 11,5 millions à 14 millions de personnes, avec un doublement des emplois formels (plus de trois millions) ; dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, une réduction marquée du taux de pauvreté de 37,5 % à moins de 20 % d’ici à 2030.
Le rôle essentiel du FDFP dans le développement de la Côte d’Ivoire
Le FDFP (Fonds de développement de la formation professionnelle) fait partie, en Côte d’Ivoire, d’un dispositif de formation professionnelle mis en œuvre en 1991 dans le cadre d’un Programme de valorisation des ressources humaines (PVRH). Lors de la cérémonie annuelle de présentation du bilan 2025 et de lancement de l’exercice 2026 du FDFP, le président du comité de gestion, M. Siama Bamba, et le secrétaire général, le Dr Philippe N’Dri, ont certes mis en avant les réalisations de l’institution et ses ambitions pour l’avenir, mais ils ont tenu à rappeler l’importance du développement des compétences professionnelles dans un pays comme la Côte d’Ivoire, le Dr Philippe N’Dri déclarant : « L’année 2025 restera, dans notre histoire institutionnelle, comme une année charnière, une année où nous avons choisi l’exigence, non comme contrainte, mais comme boussole ».
Le FDFP a obtenu la certification ISO 9001 version 2015 et la certification HACT (Harmonized Approach to Cash Transfers), délivrée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), des distinctions qui « attestent, d’une part, de la qualité de ses processus, de la robustesse de ses mécanismes de gestion financière et, d’autre part, de la fiabilité de ses contrôles internes » (source : site du FDFP). L’institution a présenté « FDFP Connect », « une application qui simplifie les démarches, fluidifie le suivi des projets et offre une expérience utilisateur à la hauteur des attentes », faisant de cette plateforme digitale un levier de performance pour les entreprises et les partenaires de l’institution (source : site du FDFP).
Le courant de pensée dominant d’une époque
Chaque époque se caractérise par un courant de pensée dominant qui oublie souvent l’importance du capital humain. La Côte d’Ivoire dispose des richesses considérables que lui offrent son sol (matières premières agricoles) et son sous-sol (matières premières extractives). Elle attire de plus en plus d’investisseurs. Des investissements publics massifs lui ont permis de se doter d’infrastructures économiques qui soutiennent la production, la circulation des biens, des services et des personnes, conditionnant ainsi le développement et la compétitivité du pays. Elle dispose d’un atout important : un capital humain jeune et créatif, avide de croissance et soucieux de mieux vivre en intégrant l’économie formelle à des postes qualifiés et suffisamment rémunérateurs.
Ce capital humain doit être bien formé avec une double contrainte : se projeter dans le futur en préparant aux emplois de demain, mais aussi répondre immédiatement aux besoins réels du marché du travail. Dans les guerres économiques qui se jouent aujourd’hui, ce qui est en jeu, à court terme, c’est bien la compétitivité et la productivité de l’écosystème économique ivoirien, compétitivité et productivité qui reposent sur l’appropriation des outils technologiques et sur la qualité de son capital humain. Il est alors évident que les investissements dans la formation professionnelle, l’enseignement technique et la formation continue sont des investissements pour l’avenir du pays.
Le capital humain est la plus grande richesse de l’Afrique. Avec un âge médian d’environ dix-neuf ans, le continent possède la population la plus jeune du monde. Investir dans la santé, l’éducation et la formation professionnelle de cette jeunesse est le vrai moteur d’un développement inclusif et durable et d’une élévation des niveaux de vie. Les systèmes éducatifs, qu’ils soient généraux (enseignements de base ou supérieurs) ou professionnels, sont peu performants ou inadaptés, par manque de moyens humains et matériels, dans de nombreuses régions. Quant au manque d’emplois dans l’économie formelle, il pousse au départ des talents vers les pays riches. Ce phénomène de fuite des cerveaux prive l’Afrique de ses talents indispensables, affaiblit les services publics essentiels, pénalise les entreprises du secteur privé et freine durablement son développement économique et social.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’études et de recherches sur l’Afrique de demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org.
