LU POUR VOUS by CoolBee Ouattara | « La petite-fille du Président » de Aïcha Ouattara.

Dans ce roman d'Aïcha Ouattara, une écrivaine démissionne face aux abus professionnels puis subit un deuil cruel. Après un rêve de gloire virale avec le Président au SILA 2024, le réveil la ramène à la réalité humaine : la dignité vraie l'emporte sur l'illusion du pouvoir et la célébrité.

« La petite-fille du Président » fait penser à « Une si longue lettre » de Mariama Bâ. Comme Ramatoulaye, Aïcha écrit pour survivre, pour dénoncer et pour se reconstruire. C’est un cri digne, moderne et africain. Si vous cherchez un livre qui parle vrai sur le travail, le deuil, la gloire éphémère et la valeur de l’humain, lisez-le. Vous n’en sortirez pas indemne, mais vous en sortirez grandi.

Assistante de direction à Marcory et écrivaine engagée, Aïcha Ouattara voit sa vie basculer après un simple appel manqué. Malade, elle prévient sa hiérarchie mais l’incompréhension d’un DRH (Directeur des Ressources Humaines) agacé réveille en elle la peur des abus du monde du travail : licenciements sans préavis, humiliations, mépris. Victime de rumeurs parce qu’elle écrit, elle choisit de démissionner la tête haute plutôt que d’attendre le coup fatal.

Libérée, elle se consacre à l’écriture. À l’approche du SILA 2024, le deuil de son oncle Idriss, son « deuxième père » et premier mécène la frappe de plein fouet. Entre douleur et devoir, sa mère la pousse à y aller « pour lui », c’est-à-dire le défunt. C’est là, qu’avec son amie Lolita, elle fait la rencontre inespérée du Président de la République, dans sa visite des stands. La vidéo devient virale : 1 million de vues. Surnommée « la petite-fille du Président », elle vend plus de livres que jamais. Mais la notoriété attire aussi la haine, les critiques et les rumeurs de millions de FCFA empochés.

Dans ce roman d'Aïcha Ouattara, une écrivaine démissionne face aux abus professionnels puis subit un deuil cruel. Après un rêve de gloire virale avec le Président au SILA 2024, le réveil la ramène à la réalité humaine : la dignité vraie l'emporte sur l'illusion du pouvoir et la célébrité.
Quatrième de couverture. © DR

Convoquées à la Présidence, Aïcha et Lolita, paralysées par l’émotion, n’arrivent pas à parler. Et au moment crucial… Aïcha se réveille. Tout n’était qu’un rêve à 5 heures du matin. Le téléphone sonne : ce n’est pas la Présidence, mais la voix mourante du vieux gardien qu’elle avait défendu.

Entre rêve présidentiel et réalité humaine, Aïcha doit choisir. Ce roman est brut, sincère et terriblement actuel. Aïcha Ouattara n’enjolive rien. Elle raconte le harcèlement en entreprise, le deuil, la violence des réseaux sociaux et le poids des attentes familiales avec une plume directe qui fait mal par moments.

On sent parfois quelques maladresses de style et des longueurs, mais elles sont dépassées par la force du témoignage. Ce rêve qui se brise, est magistral. Il rappelle que dans la vraie vie, la dignité vaut souvent plus que les portes du pouvoir.

Cependant, les forces de ce livre sont multiples : c’est d’abord une voix féminine qui dérange. Aïcha incarne la femme qui refuse de se taire et son courage donne de la force à toutes celles qui subissent en silence. C’est aussi un miroir de notre société. Entre précarité, informalité, quête de reconnaissance et idolâtrie du pouvoir, le livre met à nu les contradictions ivoiriennes sans jugement. À travers la figure de l’oncle Idriss, l’autrice rend un bel hommage à la transmission et célèbre ceux qui croient en nous. C’est un livre sur la résilience et la foi. Enfin, il montre comment l’écriture peut être un salut : transformer une blessure en stand au SILA, et un silence en 1 million de vues.

« La petite-fille du Président » d’Aïcha Ouattara, Éditions GNK, 2026 avec la contribution de El Hadj Abdoulaye Ouattara (lu et résumé)