L’avertissement de Lamoussa Djinko sur le CFA

Lors d’une conférence de presse à Abidjan le 25 août 2026, Lamoussa Djinko, président du Renouveau Démocratique, a critiqué le modèle économique ivoirien et le franc CFA, qu’il juge symbole de dépendance envers la France. Il appelle à une réorientation économique fondée sur la souveraineté monétaire et la recherche nationale.


Lamoussa Djinko, président du Renouveau Démocratique (RD), a animé, mardi 25 août 2026, une conférence de presse au siège de son parti, à Abidjan-Cocody-Attoban, consacrée à l’ECO et aux enjeux économiques liés à la perspective de l’adoption de cette nouvelle monnaie ouest-africaine.

Lamoussa Djinko, président-économiste du  Renouveau démocratique, a d’emblée exposé la position de son parti sur l’ECO avant de porter un regard critique sur le modèle économique de la Côte d’Ivoire.

« Nous, la Côte d’Ivoire, n’allons jamais nous développer parce que le modèle économique de la Côte d’Ivoire n’est pas bon. Il est basé sur les exportations dont elle ne maîtrise même pas les cours du marché, qui sont à l’appréciation des spéculateurs. Nous ne pouvons pas vendre du café, du cacao, de l’hévéa, de l’anacarde et avoir notre monnaie contrôlée par la France », a-t-il déclaré.

Une économie jugée « faible »

Pour étayer son analyse, il s’est appuyé sur des données économiques relatives au Produit intérieur brut (PIB) du pays. « Vous avez 99 milliards de dollars pour 33 millions d’habitants. C’est faible comme économie. Évitez de vous comparer au Burkina, au Mali, au Niger pour vous sentir à l’aise. Nous sommes une nation très pauvre, très, très pauvre », a-t-il affirmé.

L’économiste a également expliqué que, selon lui, les infrastructures visibles ne suffisent pas à mesurer la richesse d’un pays.

« Nous, économistes, nous ne sommes pas visuels. Pour nous, ce ne sont pas les ponts, ce ne sont pas les bâtiments, ce n’est pas l’électrification. Ce sont les statistiques que nous utilisons. Et quand je prends les statistiques, vous avez une économie de 99 milliards de dollars. Si on distribuait toute la richesse de la Côte d’Ivoire à chaque Ivoirien, chacun allait avoir 155 000 francs CFA par mois », a-t-il déclaré.

Critiques contre les institutions financières internationales

Lamoussa Djinko a  évoqué le Plan national de développement (PND), estimant que son financement pourrait accroître l’endettement du pays.

« Même le PND de 114 000 milliards des prochains cinq ans, on va s’endetter à hauteur de 34 000 milliards, cela va représenter 15 000 francs seulement dans son PIB. Et on serait endetté et ce n’est pas fini », a-t-il déclaré.

Il a, par ailleurs, dénoncé la place importante des capitaux étrangers dans l’économie ivoirienne pour financer son propre développement. Djinko  a ensuite appelé le chef de l’État à s’appuyer sur les résultats des recherches et des analyses économiques afin de réorienter le modèle de développement du pays.

« Dites au président Ouattara, qui est le président de tous les Ivoiriens, de prendre les résultats ou ces recherches pour essayer de réorienter l’économie de la Côte d’Ivoire », a-t-il lancé.

Dans la même veine, il a critiqué le rôle de la France et des institutions de Bretton Woods, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qu’il considère comme des obstacles au développement de la Côte d’Ivoire.

Le franc CFA au cœur des critiques

Lamoussa Djinko  a soutenu que la Banque mondiale accorde des prêts aux pays africains tout en leur indiquant, selon lui, la manière dont ces ressources doivent être utilisées, ce qui limiterait leur capacité à développer leur industrie.

Il  a estimé que les États-Unis ont commencé à asseoir leur domination mondiale grâce au dollar et que la France a, de son côté, créé le franc CFA en 1945 pour maintenir son influence sur ses anciennes colonies.

« Voilà plus de 80 ans que la France domine cette monnaie. De 1945 à 1975, nous déposons 100 % de nos avoirs à la Banque de France. De 1975 à 2020, nous déposons 65 %. De 2020 jusqu’à la fermeture des comptes d’opérations en 2021, c’était 50 % », a-t-il déclaré.

Mamadou Ouattara