LU POUR VOUS by CoolBee | « Afrique, ta jeunesse t’écrit » d’Adama Kadé Touré ou Quand la jeunesse reprend la plume de son destin.

Dans « Afrique, ta jeunesse t’écrit », Adama Kadé Touré exhorte la jeunesse africaine à devenir actrice de son destin par l'engagement, la formation et l'innovation. Dans la lignée de Sembène Ousmane, cet ouvrage invite les jeunes à refuser la fatalité et à prendre la responsabilité de bâtir l'avenir du continent.

J’ai pris plaisir depuis un certain temps de commencer par la fin pour remonter le fil des idées afin de vous permettre de mieux comprendre et ma démarche, et ce qui la sous-tend. Vous comprendrez et se sera tant mieux.

En vérité, vous me direz si mon constat est subjectif ou objectif. Cet ouvrage est un prolongement de « Les Bouts de bois de Dieu » de Sembene Ousmane, 1960. Chez Sembène, la jeunesse cheminote du rail Dakar-Niger ne se contente pas de subir. Elle se lève, s’organise et écrit, par la grève, une nouvelle page de l’histoire. C’est la même idée : la jeunesse cesse d’être spectatrice pour devenir actrice. Là où Sembène montrait une jeunesse ouvrière prenant son destin en main dans la lutte collective, Adama Kadé Touré appelle aujourd’hui une jeunesse connectée à prendre la plume dans l’entrepreneuriat, la citoyenneté et l’innovation. 66 ans d’écart, mais un même fil : l’Afrique n’avance que lorsque sa jeunesse décide d’écrire elle-même son avenir.

Voilà un continent dont la jeunesse constitue la plus grande partie de la population. Tous s’accordent à dire que d’ici quelques décennies, l’Afrique se fera entendre dans le monde à travers sa jeunesse. Il est donc normal de la placer au cœur de la réflexion.

Dans « Afrique, ta jeunesse t’écrit », Adama Kadé Touré replace la jeunesse africaine au cœur de la réflexion sur l’avenir du continent. Dès le titre, l’auteure interpelle une génération sommée de prendre la parole, de penser son temps et de s’impliquer dans la construction de l’Afrique de demain. Il ne s’agit plus de parler de la jeunesse, mais de lui restituer la plume pour qu’elle trace elle-même sa trajectoire.

Le postulat est clair : l’Afrique ne saurait se résumer à son passé, à ses crises ou aux choix des générations précédentes. Elle doit aussi se lire à travers sa jeunesse, ses aspirations, ses doutes, ses compétences et sa capacité d’innovation. Loin des discours convenus qui oscillent entre misérabilisme et idéalisation, l’ouvrage érige les jeunes en acteurs de plein droit, capables d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire continentale. L’avenir n’est plus une promesse différée. Il commence ici, avec ceux qui ont l’âge d’agir.

Adama Kadé Touré rompt avec la logique de l’attente. Être jeune, écrit-elle, ne se réduit pas à attendre un emploi, un titre ou une reconnaissance institutionnelle pour se mettre en mouvement. C’est prendre l’initiative, s’engager dans sa famille, dans son quartier, porter ses convictions et contribuer, à son échelle, au bien commun. Cette injonction à la responsabilité traverse tout le texte. L’auteure reconnaît la vitalité d’une jeunesse nombreuse, connectée et ambitieuse. Mais elle pose une condition : cette énergie n’a de portée que si elle est nourrie par l’éducation, la formation, la culture, le travail et la citoyenneté. Sans boussole, la fougue se dissipe. Avec des repères, elle devient force de transformation.
L’alerte est formulée sans détour : une jeunesse désabusée se décourage ou s’exile. À l’inverse, une jeunesse responsabilisée, écoutée et outillée, devient le levier d’une transformation durable. L’auteure appelle donc à un pacte entre générations : aux aînés de transmettre et d’ouvrir des espaces, aux jeunes de se former, de persévérer et de refuser la facilité. La formule « ta jeunesse t’écrit » prend ici toute sa portée symbolique. La jeunesse cesse d’être un objet de discours pour devenir sujet d’action. Elle écrit par ses études, ses entreprises, son militantisme associatif, sa créativité artistique, son engagement numérique et son adhésion aux valeurs citoyennes et républicaines. Écrire, c’est laisser une trace. C’est refuser l’invisibilité.

Sur le fond, l’ouvrage tient la promesse d’un plaidoyer mobilisateur. Le style est direct, pédagogique, dépourvu de jargon. Il a le mérite de réconcilier deux termes qu’on oppose souvent : l’exigence et la confiance. Exiger des jeunes qu’ils se forment et respectent la loi. Faire confiance à leur capacité d’inventer des solutions neuves, adaptées aux réalités locales.

La critique ne peut toutefois éluder certaines limites. Le texte privilégie l’appel à la conscience individuelle. On peut regretter que certaines contraintes structurelles soient plus évoquées qu’analysées : l’accès au financement, les lourdeurs administratives, le chômage de masse, la qualité de l’école. Un décryptage plus serré de ces obstacles institutionnels aurait renforcé la portée du manifeste. Il reste que la force du livre tient à sa capacité à transformer un constat en programme d’action. Il propose une posture : celle de la responsabilité. Refuser la fatalité, refuser de laisser d’autres raconter l’Afrique à la place des Africains.

« Afrique, ta jeunesse t’écrit » d’Adama Kadé Touré. Éditions L’Harmattan, 2026. Une contribution de Camara Aziz Williams