La 4è édition de Ivoire Breaking Competition (IBC) X Ivoire All Styles Battle (IASB) se tient à l’Institut français d’Abidjan les 18 et 19 septembre 2026 en All Styles 1vs1 (Mixte) et Breaking 1vs1 (Bboy & Bgirl). Cet événement rassemble plusieurs pays d’Afrique sur une même scène pour des battles épiques avec la participation de grands noms comme Bruce Wayne et Damani ainsi que des danseurs RedBull. À l’occasion, Kevin Djanhoun, alias B.Boy Delkrim, revient sur les enjeux du breaking en Côte d’Ivoire. Dans cet entretien, le danseur et promoteur de la compétition partage sa vision et ses projets pour faire grandir le breaking ivoirien.
Présentez-vous à nos lecteurs.
Je m’appelle Kevin Djanhoun, alias B.Boy Delkrim. Je suis le porteur du projet Ivoire Breaking Competition (IBC). Cette année, nous organisons deux battles. Nous avons lancé une nouveauté, Ivoire All Stars Battle, qui se déroule actuellement à l’Institut Français (vendredi 17 septembre, ndlr). Le battle de break, Ivoire Breaking Competition, aura lieu demain dans l’auditorium de l’Institut Français.
Vous êtes un danseur expérimenté. Vous avez combien d’années de carrière ?
J’ai commencé la danse en 2013. Cela fait donc 13 ans que je pratique le break. J’ai participé à de nombreuses compétitions. J’ai notamment deux championnats d’Afrique à mon actif. J’ai atteint le top 16 mondial en 2024 et, l’année suivante, le top 8. Donc, ça se passe bien. Nous continuons à nous entraîner et à nous développer.
Quelle est la différence entre les deux battles ?
La différence est très simple. Le Battle All Stars, comme son nom l’indique, réunit tous les styles de la danse hip-hop. L’Ivoire Breaking Competition, quant à lui, est une compétition 100 % break.
Quels sont les critères de sélection des danseurs ?
Il faut d’abord que mon équipe et moi les ayons vus à l’œuvre. Avec mon expérience de danseur, puisque j’ai participé à de nombreux battles partout dans le monde, j’ai développé un œil qui me permet de détecter ceux qui sont capables de tenir un battle. C’est principalement sur cette base que nous effectuons la sélection.

Les participants, vous les découvrez à travers leurs vidéos ou lors des compétitions auxquelles vous assistez ?
Je les ai rencontrés directement.
Physiquement ?
Oui, physiquement. C’est très important pour moi de les voir en personne, car une vidéo ne montre pas forcément tout. C’est différent lorsque vous voyez un danseur en live.
Depuis la première édition, j’ai rencontré physiquement tous ceux qui participent avant de les inviter. Cela me permet de voir de quoi ils sont capables, comment ils gèrent un battle et ce qu’ils peuvent apporter.
Je vois qu’il y a des compétiteurs assez jeunes. Quelle est la moyenne d’âge de ceux qui participent au battle ?
Je dirais entre 17 et 30 ans. Mais cela ne signifie pas que la compétition est fermée aux autres tranches d’âge. Il y a notamment une jeune fille de 14 ou 15 ans. Dans mon crew, il y a également Asiba, qui vient du Bénin. C’est une fille de 11 ans qui compte déjà au moins deux championnats d’Afrique à son actif.
Qu’est-ce qu’ils gagnent, ceux qui participent à cette compétition ?
Pour le Battle All Style, le gagnant reçoit 150.000 FCFA de prize money ainsi qu’un trophée. Le deuxième reçoit également un trophée.
Demain, le gagnant de chaque catégorie, femme et homme, recevra 200.000 FCFA. La deuxième place de chaque catégorie sera récompensée par 100.000 FCFA.
Il y a l’aspect financier qui est important, mais quels sont les autres avantages qu’ils ont lorsqu’ils participent à la compétition ?
Il y a d’abord le voyage. En Afrique, il est très difficile pour un danseur de voyager. Pour les breakers en particulier, c’est compliqué parce que cette discipline n’est pas encore suffisamment valorisée sur le continent.
Il y a aussi la possibilité de participer à des battles internationaux. Ce n’est pas tous les jours qu’on a en Afrique un événement capable de réunir des partenaires comme Red Bull et des athlètes qui ont remporté des championnats du monde de break.
Les participants bénéficient également de workshops et d’ateliers gratuits. Hier, nous avons organisé un atelier de six heures et aujourd’hui, un autre de deux heures.
Ils peuvent ainsi se former, mettre en pratique ce pour quoi ils se sont entraînés sur une scène et dans des conditions réelles. Ils rencontrent également d’autres danseurs d’Afrique de l’Ouest et du monde. Je pense que c’est très bénéfique pour eux.

J’ai constaté qu’au niveau du breakdance, il n’y avait pas beaucoup de filles. Comment l’expliquez-vous ?
Beaucoup de filles ont peur de se lancer dans le break parce qu’elles pensent que c’est trop difficile. Certaines disent même : « Je ne veux pas devenir musclée, donc je ne veux pas faire de break. » Pourtant des femmes aiment cette discipline, mais hésitent à se lancer parce qu’elles pensent qu’elle est trop difficile ou qu’elle risque de changer leur silhouette, puisqu’elle est très physique.
Ce sont des idées reçues. Il est vrai que le corps va se muscler pour pouvoir supporter l’activité, mais cela fait partie de l’adaptation à la discipline. Une fois qu’on s’y habitue, cela devient plus facile.
Mon objectif est donc de faire venir le plus de filles possible pour montrer aux femmes de Côte d’Ivoire que c’est possible, qu’elles peuvent pratiquer le break sans être déformées. D’ailleurs, certaines breakers sont très belles.
Comment se fait le recrutement des membres du jury ?
Avant de choisir quelqu’un, je dois le voir en vrai. J’ai rencontré et côtoyé tous les membres du jury. J’ai passé des semaines avec eux et je me suis entraîné avec eux. Je sais donc de quoi ils sont capables.
Les personnes qui composent le jury ont de l’expérience et des références. Par exemple, le juré de Red Bull a remporté plusieurs championnats du monde. C’est impressionnant. Pour choisir un juré, il faut regarder ce qu’il a gagné et ce qu’il a apporté dans le game.
Le break est, depuis 2024, une discipline olympique. Et en tant qu’Ivoirien, quels sont les moyens que vous mettez en œuvre pour pouvoir participer aux prochains Jeux olympiques ?
Pour les Jeux olympiques, c’est un peu complexe. Pour participer, il faut notamment qu’il existe une fédération de breaking dans son pays. Or, en Côte d’Ivoire, il n’y a même pas encore de fédération de danse, et encore moins de fédération de breaking. La participation est donc compliquée.
De mon côté, j’ai obtenu ma licence internationale d’athlète breaker. Il est donc possible de participer, mais il est préférable de le faire avec une fédération. Lorsqu’on est seul avec sa licence, toutes les charges reposent sur soi.
Avec une fédération, le ministère des Sports peut notamment apporter un financement. Mais ce dispositif n’existe pas encore ici.
Mon équipe et moi travaillons donc à la mise en place d’une fédération de danse hip-hop, puis de différentes disciplines comme le breakdance et le krump. Nous allons essayer de faire avancer ce projet.
Vous avez 13 années d’expérience. Je suppose qu’il y a d’autres breakers comme vous. Qu’est-ce qui bloque et vous empêche de monter une fédération ? Quel est l’obstacle principal ?
L’obstacle principal, c’est qu’il n’y a pas encore une communauté suffisamment importante ici. Nous ne sommes pas nombreux en Côte d’Ivoire.
Déjà, pour organiser un battle et réunir suffisamment de danseurs, c’est compliqué parce que certains ne prennent pas encore cette discipline au sérieux. Ils considèrent le hip-hop comme un hobby. Alors que, de mon côté, j’en vis à 100%. Je ne fais rien d’autre que de la danse.
Nous travaillons donc d’abord sur la mentalité des danseurs afin de leur faire comprendre que le hip-hop peut leur permettre de réaliser des choses incroyables. Mon parcours en est un exemple.
Il y a ensuite l’aspect administratif, qui nécessite beaucoup de démarches. Il faut notamment se constituer en association. Plusieurs associations doivent ensuite se regrouper pour créer une fédération.
Or, il n’existe pas encore suffisamment d’associations de hip-hop. Il y en a une qui regroupe mon équipe et le collectif des breakers. Nous avons déjà lancé les démarches administratives et nous attendons le numéro matricule.
L’objectif est donc de créer des associations un peu partout, puis de les réunir pour créer une fédération.
Vous l’avez dit, vous bénéficiez du soutien de l’Institut français. Qu’en est-il des autorités ?
C’est très compliqué. Ce n’est pas comme si nous n’avions pas présenté le projet aux autorités, mais nous n’avons jamais eu de retour.
Je ne sais pas si je dois dire malheureusement ou heureusement, mais c’est l’Institut français qui nous a accueillis et nous a apporté un soutien complet. Par exemple, l’événement est financé à 100% par l’Institut français. Ils nous mettent également le local à disposition gratuitement.
J’aimerais préciser que nous avons fait en sorte que Red Bull arrive, alors que c’est l’un des acteurs majeurs de l’industrie du break. C’est cette marque qui organise notamment la Coupe du monde de break en 1 contre 1, le Red Bull BC One. Ils sponsorisent des athlètes dans le domaine et ont envoyé cinq ou six athlètes ici pour donner des ateliers et faire partie du jury.
Nous avons également invité deux danseurs français par le biais de l’Institut français.
Est-ce que vous envisagez des coopérations avec des médias pour valoriser la danse ?
Nous avons discuté avec Canal+ pour voir s’il serait possible de créer une émission consacrée à la danse et d’organiser un battle télévisé.
Un dernier message ?
Le mot de la fin, c’est qu’il faut croire en soi et croire en ses rêves.
J’ai commencé à Yopougon. Pendant la période du coupé-décalé, en 2013, les gens me voyaient faire du break et se disaient : « Mais il est fou, il pense qu’on est où ? C’est un Américain. » Aujourd’hui, je vis ma vie, je voyage, je participe à des battles et j’organise le plus gros événement de break en Côte d’Ivoire. J’en vis également grâce aux cours de danse.
En fait, une fois que vous avez un objectif, vous trouverez un moyen de l’atteindre. La première étape est donc de vous fixer un objectif. Ensuite, vous verrez la magie opérer et vous trouverez un moyen de l’atteindre.
Entretien réalisé par Yaya K
