En Côte d’Ivoire, le président de l’Assemblée nationale, Achi Patrick, transforme la manière de faire de la politique. À travers une initiative inédite de restitution des actions parlementaires, les députés sillonnent les 31 régions du pays pour rendre compte de leur mandat et écouter les citoyens. Une démarche saluée, qui pourrait bien faire école.
Un acte symbolique qui redonne du sens au mandat parlementaire
Depuis la création de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, rarement une initiative n’aura autant bousculé les habitudes. Sous l’impulsion du président Achi Patrick, les députés ne se contentent plus de siéger à Abidjan. Ils retournent vers ceux qui les ont élus. Objectif : rendre compte, expliquer, écouter. Une exigence démocratique élémentaire, mais longtemps restée lettre morte.
Le jeudi 17 septembre 2026, à Bouaké, dans la région du Gbêkê, le groupe parlementaire RHDP a organisé une séance de restitution sans précédent. Conduite par Cédric Tidiane Diarra, vice-président de l’Assemblée nationale, cette rencontre a permis aux élus de présenter les lois votées lors de la première session ordinaire de 2026. Parmi les 27 projets de loi examinés et adoptés, figurent des textes majeurs comme le Plan National de Développement (PND) 2026-2030, doté d’un budget colossal de 114 838,5 milliards FCFA, la loi sur l’Observatoire national de la détention, ou encore celle sur l’économie sociale et solidaire.
Bouaké, laboratoire d’une démocratie participative
Après les exposés de quatre députés locaux – Fatoumata Traoré Diop, Béma Fofana, Silué Pégabila et René Koumoin – les échanges avec la population ont été nourris. Les préoccupations recueillies feront l’objet d’un mémorandum transmis au président du groupe parlementaire RHDP. Un exercice de redevabilité concret, où les élus ne se contentent pas de parler, mais écoutent.
Cette dynamique n’est pas isolée. Achi Patrick lui-même avait déjà conduit une délégation de députés de la région de la Me dans sa propre circonscription, montrant l’exemple. Aujourd’hui, ce sont les 31 régions du pays qui sont concernées. Un maillage territorial qui vise à rapprocher le travail parlementaire des réalités quotidiennes des Ivoiriens.
Une initiative saluée, une méthode qui interpelle
Sur le terrain, l’accueil est favorable. Les populations, souvent éloignées des grands centres de décision, profitent de ces rencontres pour exposer leurs problèmes et leurs besoins. Santé, éducation, infrastructures, emploi : les doléances sont nombreuses, mais elles trouvent enfin une oreille attentive.
Pour Achi Patrick, il ne s’agit pas d’un simple exercice de communication. C’est une marque déposée, une méthode de gouvernance qui vise à restaurer la confiance entre les élus et les citoyens. Une initiative rare, mais surtout normale au regard des missions des députés. Et si elle fait école, elle pourrait bien redéfinir les rapports entre le pouvoir législatif et la société civile en Côte d’Ivoire.
Une démocratie qui se construit par le bas
En sillonnant les régions, les députés ne font pas que de la figuration. Ils réintroduisent une pratique essentielle : la redevabilité. Un principe démocratique fondamental, trop souvent oublié. Avec cette initiative, Achi Patrick envoie un signal fort : la politique ne se fait pas seulement dans les hémicycles, mais aussi sur le terrain, au contact direct des réalités.
Reste à voir si cette dynamique s’inscrira dans la durée. Mais une chose est sûre : à Bouaké, comme ailleurs, les populations ont pris la mesure de ce que peut être une démocratie participative. Et elles en redemandent.
Philippe KOUHON
