À l’occasion de la 4è édition du Ivoire breaking competition (IBC) x Ivoire all styles battle (IASB), afrikipresse a rencontré deux passionnées de breaking. B.Girl Patricia, 20 ans, venue du Togo, et Black Snake, 22 ans, Ivoirienne, ont choisi cette discipline pour repousser leurs limites. L’une pratique depuis quatre ans, l’autre depuis deux ans. Entre études, théâtre, basket et compétitions, les deux jeunes femmes incarnent une nouvelle génération de danseuses qui entend prendre sa place dans une discipline longtemps perçue comme masculine et particulièrement exigeante physiquement.
Elles n’ont ni le même parcours, ni la même histoire avec le breaking. Mais lorsqu’elles entrent dans le cercle, B.Girl Patricia et Black Snake partagent une même volonté. Celle de relever un défi et démontrer que les femmes ont toute leur place dans cette discipline physique et acrobatique.
B.Girl Patricia, quatre ans pour gagner la confiance

Venue du Togo, Patricia, 20 ans, est étudiante en deuxième année de sociologie. Elle pratique le breaking depuis près de quatre ans. Pour elle, l’évolution est visible depuis ses débuts, notamment grâce aux invitations, aux battles et aux différentes expériences accumulées au fil du temps.
Son entrée dans le monde du breaking est née d’un déclic presque spontané. Un jour, alors qu’elle assistait à une prestation, elle est séduite par l’univers des danseurs, leur manière de s’habiller et leur façon d’évoluer ensemble. « C’était joli à voir », raconte-t-elle. Elle décide alors, elle aussi, de se lancer.
Au départ, ses parents ne sont pas favorables à son choix. La discipline, avec ses figures physiques et acrobatiques, peut paraître risquée. Mais les premières réussites de leur fille vont progressivement changer leur regard. Lorsqu’elle remporte certains battles, leur inquiétude laisse place à la fierté et à l’encouragement.
Depuis, Patricia poursuit son chemin tout en conciliant sa passion avec ses études. Ses entraînements commencent notamment en milieu de semaine, ce qui lui permet de maintenir un équilibre avec son emploi du temps universitaire.
Son expérience dépasse désormais les frontières togolaises. Après avoir participé à un événement au Bénin, elle découvre la Côte d’Ivoire, où elle prend part à une nouvelle compétition. Pour elle, le niveau de pratique reste comparable entre les deux pays : « Je n’ai pas vu de différence, c’est la même chose. »
Mais au-delà de la performance, B.Girl Patricia voit dans le breaking une manière d’élargir ses horizons. Elle estime que cette discipline « ouvre l’esprit » et constitue aussi une forme d’art de vivre.
À celles qui hésitent encore à se lancer, elle rappelle que les difficultés ne doivent pas constituer une barrière. Car si les filles sont encore moins nombreuses dans le breaking, c’est notamment parce que certaines considèrent la discipline comme trop difficile ou trop physique.
B.Girk Patricia continue d’avancer. Elle pratique d’abord par plaisir et nourrit également d’autres projets en dehors de la danse. Pour sa compétition en Côte d’Ivoire, elle préfère cependant remettre son résultat entre les mains de Dieu : « J’espère que Dieu fera quelque chose pour moi. »
Black Snake, transformer la force en identité

À 22 ans, Black Snake suit une autre trajectoire. L’Ivoirienne ne pratique le breaking que depuis deux ans mais son ambition est déjà clairement affichée. Elle veut utiliser la force physique comme moyen d’expression et montrer que les femmes peuvent elles aussi exceller dans une discipline exigeante.
Son nom de scène raconte une partie de son caractère. Avant de devenir Black Snake, elle était confrontée à des remarques sur son côté « sournois » et ses changements d’humeur. Plutôt que de subir cette image, elle décide de la transformer en identité artistique.
Dans le breaking, les surnoms occupent une place particulière. Ils peuvent contribuer à construire une identité, à intriguer et même à « mystifier » l’adversaire. Black Snake assume pleinement cette dimension. Son pseudonyme devient ainsi une manière de créer un personnage et de marquer les esprits avant même d’entrer dans le cercle.
Pour Black Snake, le choix du breaking est avant tout une question de défi personnel. Alors que d’autres choisissent des danses de salon ou des disciplines mettant davantage en avant la souplesse, elle décide de miser sur la force. « Pour montrer aussi que les filles peuvent faire quelque chose de physique », explique-t-elle.
Ce choix résume sa pensée : ne pas considérer la puissance physique comme un territoire réservé aux hommes. Le breaking devient pour elle un terrain d’expérimentation, de dépassement de soi et d’affirmation.
Son parcours reste encore récent. Elle dispute sa première compétition après seulement deux années de pratique. Pourtant, elle constate déjà une progression au fil des compétitions. Et Black Snake ne se limite pas qu’au breaking. Elle est également comédienne et joue au basket. Le sport occupe une place importante dans son quotidien, au même titre que le théâtre.
Deux profils, une même ambition
B.Girl Patricia et Black Snake se rejoignent ainsi sur l’essentiel. Toutes deux ont choisi une discipline physiquement exigeante, dans un univers où les femmes restent minoritaires. Toutes deux considèrent leur présence dans le breaking comme une manière de repousser les limites et de démontrer que les filles peuvent y trouver leur place mais leurs trajectoires racontent deux approches différentes.
B.Girl Patricia avance progressivement, forte de quatre années de pratique, d’expériences internationales et de victoires qui ont contribué à convaincre son entourage. Elle continue parallèlement ses études en sociologie et considère la danse comme une passion qui lui procure du plaisir.
Black Snake, elle, revendique davantage le défi et la conquête. Son nom, son parcours dans le théâtre et le basket et son goût pour l’effort physique participent à la construction d’un personnage qui veut s’imposer. Dans cinq ans, elle ne s’imagine d’ailleurs pas ailleurs que dans la danse. Son ambition est de se retrouver sur de grandes scènes, à l’image de celles où évoluent des figures du breaking comme B.Boy Junior, qu’elle cite comme référence.
Yaya K
