LU POUR VOUS by CoolBee OUATTARA | « Le Vendeur de Koutoukou » de Don Kamet ou l’itinéraire d’un entrepreneur témoin de son époque.


De la nuit abidjanaise à la page écrite, Don Kamet transforme treize (13) années d’expérience entrepreneuriale en récit de transmission, entre résilience, culture populaire et observation d’une société en mouvement.

« Le Vendeur de Koutoukou », publié aux éditions GAD, ne se contente pas de raconter une histoire, il entreprend de transmettre une expérience. Dans cet ouvrage de plus de 200 pages, Don Kamet, manager du « Happy Lounge », musicologue, communicateur et producteur audiovisuel, met en récit treize (13) années passées dans l’univers du divertissement et de la restauration. L’ambition est claire : raconter la naissance et l’évolution d’un établissement construit avec des moyens limités, mais porté par la volonté, la fraternité et la persévérance, tout en offrant aux jeunes entrepreneurs des repères puisés dans une expérience concrète.

Le titre intrigue autant qu’il renseigne. « Le Vendeur de Koutoukou » renvoie au surnom attribué à l’auteur depuis plus d’une décennie à Abidjan. Mais derrière cette appellation populaire se dessine une réflexion plus profonde sur la société ivoirienne. Le « koutoukou », boisson traditionnelle profondément enracinée dans les pratiques sociales, devient ici, un symbole de convivialité, de rencontre et de transmission. Don Kamet transforme ainsi une identité populaire en matière littéraire.

L’un des principaux mérites de l’ouvrage réside dans son authenticité. L’auteur ne réduit pas l’aventure entrepreneuriale à une success story. Il expose les difficultés financières, les contraintes administratives, les réalités fiscales, la gestion des ressources humaines, les crises et les exigences d’un secteur parfois considéré, à tort, comme facile. Derrière les lumières et l’effervescence d’un espace de divertissement se dévoilent ainsi des heures de travail, des choix difficiles et une capacité permanente à s’adapter. Cette dimension pédagogique constitue l’une des forces du livre. « Le Vendeur de Koutoukou » ne s’adresse pas uniquement aux professionnels de la nuit. Il parle plus largement à celles et ceux qui souhaitent entreprendre en Afrique, parfois avec peu de moyens mais avec une forte volonté de bâtir. Sa philosophie pourrait se résumer ainsi : l’obstacle n’est pas nécessairement une fin ; il peut devenir une invitation à inventer autrement.

L’ouvrage n’est toutefois pas exempt de limites. Parce qu’il repose essentiellement sur une expérience personnelle, certaines observations auraient gagné à être confrontées à d’autres parcours ou davantage documentées. Une analyse plus approfondie des données économiques du secteur du divertissement, des politiques publiques ou des mutations du marché aurait également renforcé sa portée documentaire. Le récit demeure avant tout celui de Don Kamet, avec la subjectivité inhérente à tout témoignage personnel.

La comparaison avec « Climbié » de Bernard Dadié est, à cet égard, intéressante. Dans les deux œuvres, une trajectoire individuelle devient une fenêtre ouverte sur la société ivoirienne. Chez Dadié, le parcours de « Climbié permet d’observer les transformations d’une société confrontée à la colonisation et à la modernité. Chez Don Kamet, c’est une ville d’Abidjan contemporaine, entrepreneuriale, nocturne et culturelle qui se révèle au fil des pages. Les genres, les époques et les ambitions littéraires diffèrent évidemment, mais les deux démarches partagent une volonté de témoigner d’un temps et d’une société.

L’enseignement essentiel de l’ouvrage tient finalement dans la transmission. Don Kamet ne prétend pas détenir une recette universelle du succès. Il partage plutôt ce que l’expérience lui a appris : résister, apprendre de ses erreurs, s’adapter et surtout donner une dimension humaine à l’entreprise. Au fond, « Le Vendeur de Koutoukou » raconte peut-être moins le parcours d’un « vendeur » que celui d’un bâtisseur. Un homme qui choisit de transformer son expérience en mémoire écrite afin que ceux qui viendront après lui puissent emprunter leur propre chemin avec quelques leçons d’avance.

Et puis, il y a ma petite histoire…

Sans vous mentir, lorsque j’ai reçu le lot de livres envoyé par les éditions GAD pour ma chronique LU POUR VOUS, mon regard s’est arrêté sur « Le Vendeur de Koutoukou » de Don Kamet. Ma première pensée ? Je vais tout lire… sauf celui-là. Et puis, une autre idée m’est venue : si j’ai lu « Tout ce que la pornographie peut t’apporter » du père Landry Gbaka-Bredé, ce n’est certainement pas « Le Vendeur de Koutoukou » qui va m’envoyer en enfer ! Toutefois, qu’Allah me pardonne. Parce que, si je me suis toujours tenu à distance de la pornographie, je dois confesser une chose : je connais le goût du koutoukou. Ai-je des comptes à rendre à mes semblables mortels ? Je ne le pense pas. Mais Rassurez-vous : je ne suis pas musulman de naissance. C’est en août 1993 que je le suis devenu. Depuis, le temps a fait son œuvre. Je me suis éloigné du « koutoukou », au point d’être aujourd’hui, et très sérieusement, au régime de l’eau pure. Toutefois, ce n’était aucunement une pratique régulière.  C’était lorsque j’accompagnais ma grand-mère Yawa Kra aux cérémonies funéraires. Heureusement qu’elle est devenue musulmane, du nom de mémé Awa avant de nous quitter. Pour le reste, si vous voulez connaître quelques épisodes de cette histoire, questionnez les « tontons de la station ». Ils vous en diront certainement davantage…Une chose est certaine : je me suis finalement convaincu de lire ce que je pensais être le seul livre de ce lot auquel je ne toucherais pas. Et c’est peut-être aussi cela, la magie d’un livre : nous conduire là où nous n’avions pas prévu d’aller.

« Le Vendeur de Koutoukou », Don Kamet, GAD éditions, 2026.