Forum des radiocommunications x ASPEX : Dr Tidiane Ouattara appelle l’Afrique à passer de la vision à l’action


La première édition de l’Africa Space Expo (ASPEX) et la deuxième édition du Forum des radiocommunications ont servi de cadre, le jeudi 24 septembre 2026, à une séance de dédicace de trois ouvrages de Dr Tidiane Ouattara. L’auteur, DG de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire, y défend l’idée que l’espace n’est plus un domaine lointain réservé aux spécialistes, mais un levier de développement et de création d’emplois pour les pays africains.

À l’occasion de la séance de dédicace organisée au Parc des expositions d’Abidjan, Dr Tidiane Ouattara a voulu rapprocher le spatial du grand public et rappeler son influence croissante sur la vie quotidienne. « L’espace n’est pas pour les nantis. L’espace appartient à tout le monde. », a déclaré le scientifique.

Télécoms, médias, réseaux sociaux, selon le scientifique, les technologies spatiales sont déjà omniprésentes. « On vit et on subit l’espace », a-t-il lancé, soulignant que la société africaine utilise quotidiennement des services dépendant des infrastructures spatiales, parfois sans en mesurer l’importance.

Cette conviction est au cœur des trois ouvrages présentés au public. (1) L’Afrique à l’ère spatiale : souveraineté, développement socio-économique et sécurité s’intéresse aux enjeux politiques et stratégiques du spatial. (2) Gouvernance de l’espace en Afrique : modèles, défis et perspectives d’avenir aborde les questions institutionnelles et de gouvernance. (3) Le troisième ouvrage, L’ambition spatiale africaine : performance et durabilité des programmes, s’intéresse aux performances et à la pérennité des programmes spatiaux.

L’auteur explique que ces publications sont le fruit d’une réflexion accumulée pendant plusieurs années. Sa nomination à la tête de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire l’a conduit à formaliser ces idées afin de transmettre une partie de son expérience. Il présente ses ouvrages comme un patrimoine destiné à la vulgarisation, avec l’ambition d’être accessible à toutes les populations.

Pour Dr Ouattara, l’Afrique ne peut cependant pas tirer pleinement profit de l’espace sans investir dans les compétences. La formation des jeunes constitue, à ses yeux, une nécessité centrale. L’enjeu ne consiste pas seulement à comprendre les technologies spatiales, mais à permettre à une nouvelle génération de professionnels de les maîtriser et de les transformer en outils de développement socio-économique. « La nécessité, c’est la formation », a-t-il insisté.

Mais la formation ne suffit pas. Le scientifique plaide également pour l’établissement d’un cadre juridique et institutionnel adapté. Il évoque notamment les questions de responsabilité qui pourraient surgir en cas d’incident impliquant un satellite et appelle à une meilleure coordination des institutions ivoiriennes intervenant dans le secteur spatial.

Autre enjeu mis en avant : le développement d’un véritable écosystème privé. Pour l’auteur, l’essor du spatial doit s’accompagner de la création d’entreprises, d’emplois et de nouvelles opportunités pour les jeunes. Il estime que le secteur privé ivoirien doit progressivement prendre davantage de place dans cet écosystème. L’objectif : transformer le spatial en activité économique créatrice de richesses, au-delà de sa seule dimension scientifique et technologique.

Pour structurer cette ambition, Dr Tidiane Ouattara propose l’organisation d’« états généraux de l’espace » en Côte d’Ivoire. L’idée est d’abord de dresser un état des lieux, puis de définir collectivement les priorités du pays. Cette démarche devrait associer les différents utilisateurs des technologies spatiales : journalistes, agriculteurs, travailleurs et acteurs des différents secteurs économiques. Chacun serait invité à exprimer ses besoins afin de contribuer à la définition des priorités nationales. L’espace doit ainsi fournir des données et des informations utiles aux secteurs économiques et sociaux.

Dernier appel : celui adressé aux professionnels de la communication. Pour le scientifique, la vulgarisation est indispensable pour faire comprendre les enjeux spatiaux au plus grand nombre. Les journalistes et communicants peuvent notamment servir de passerelle entre les scientifiques, les pouvoirs publics et les utilisateurs, notamment dans le monde agricole. « C’est un effort collectif », a-t-il conclu.

Yaya K