Le ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, a confirmé le 6 octobre à Reporters sans frontières (RSF) que le journaliste Moussa Kaka, disparu depuis le 31 août à Niamey, est vivant et détenu par les autorités. Son lieu de détention reste inconnu et les faits précis qui lui sont reprochés n’ont pas été rendus publics. Une confirmation qui intervient après plus d’un mois sans contact avec ses proches et son avocat.
Plus d’un mois sans nouvelles
Moussa Kaka, 66 ans, directeur général de Radio Télévision Saraounia (RTS), a quitté son bureau de Niamey le 31 août vers 19 heures pour rentrer chez lui. Il n’est jamais arrivé à son domicile et son véhicule n’a pas été retrouvé.
Pendant plusieurs semaines, les autorités n’ont communiqué publiquement ni sur son sort ni sur une éventuelle enquête. Sa famille et son avocat sont restés sans contact avec lui.
Le ministre savait depuis septembre
La confirmation du 6 octobre n’est pourtant pas le premier aveu des autorités. Le 25 septembre, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, Alio Daouda avait déjà affirmé que Moussa Kaka était « détenu » et qu’il aurait commis des « infractions » dont il devrait répondre devant les juridictions.
Le ministre avait également assuré que « le Niger ne fait pas disparaître ses citoyens ». Mais il n’avait précisé ni le lieu de détention du journaliste, ni les faits exacts qui lui étaient reprochés.
Le 6 octobre, interrogé directement par RSF, il a déclaré que Moussa Kaka était « en vie » et que sa famille le savait. Cette preuve de vie ne répond toujours pas aux principales questions entourant sa détention.
L’ONU demande des explications
Face au silence des autorités, RSF avait saisi le 28 septembre le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires. Selon l’organisation, le Comité des disparitions forcées de l’ONU a demandé le 2 octobre au Niger de clarifier immédiatement le sort de Moussa Kaka et l’endroit où il se trouve.
RSF estime que le journaliste reste victime d’une disparition forcée et d’une détention arbitraire tant qu’il ne peut pas communiquer avec ses proches et son avocat et que les autorités ne précisent ni son lieu de détention ni le fondement de celle-ci.
Le Niger a ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Celle-ci considère notamment comme une disparition forcée une privation de liberté par des agents de l’État suivie du refus de révéler le sort de la personne ou le lieu où elle se trouve.
Les renseignements mis en cause par le G25
Le G25, un collectif d’acteurs de la société civile nigérienne, affirme que Moussa Kaka est détenu par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE). Son porte-parole, Tahirou Garka, dit s’appuyer sur les investigations du collectif. Cette affirmation n’a pas été confirmée par les autorités.
La disparition du journaliste est survenue deux jours après la tentative de coup d’État du 29 août à Niamey. Aucun élément public ne permet cependant d’établir, à ce stade, un lien entre cet événement et sa détention. Cinq semaines après sa disparition, la junte reconnaît donc détenir le journaliste sans avoir rendu publics son lieu de détention ni les faits précis qui lui sont reprochés. Après avoir affirmé que « le Niger ne fait pas disparaître ses citoyens », les autorités doivent désormais expliquer pourquoi Moussa Kaka reste coupé de ses proches et de son avocat.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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