Dominique Ouattara : « Une cardiopathie congénitale n’a rien d’une fatalité »… Désormais, le cœur des enfants ne prendra plus l’avion.
En présence des Premières Dames de l’Angola et du Bénin, et d’un parterre de stars venues pour le 10ᵉ Dîner de Gala de la Fondation Children of Africa, Madame Dominique Ouattara a inauguré, ce vendredi 9 octobre 2026, le Pôle de Cardiologie Pédiatrique de l’Hôpital Mère-Enfant Dominique Ouattara de Bingerville. Les enfants nés avec un cœur malade peuvent maintenant être opérés à cœur ouvert en Côte d’Ivoire, sans billet d’avion ni exil médical.

Il y avait, ce vendredi matin à Bingerville, quelque chose de plus qu’une inauguration : une promesse tenue. Sous les tentes dressées dans l’enceinte de l’Hôpital Mère-Enfant (HME), on retrouvait des ministres, des ambassadeurs, des représentants du système des Nations unies, les épouses des présidents d’institutions, des chefs traditionnels, des guides religieux et les populations de Bingerville. Ils étaient rejoints par des invités venus d’ailleurs, personnalités du sport, du cinéma, de la musique et des affaires, tous invités d’honneur du 10ᵉ Dîner de Gala de la Fondation Children of Africa, prévu ce soir. Tous avaient choisi de commencer la journée « là où tout prend son sens », au chevet des enfants.
Deux Premières Dames pour une même cause
La cérémonie a gagné en éclat avec la présence, aux côtés de la Première Dame ivoirienne, de Son Excellence Madame Ana Dias Lourenço, Première Dame de la République d’Angola, et de Son Excellence Madame Nathalie Villette-Wadagni, Première Dame de la République du Bénin. Dès l’ouverture, le maître de cérémonie, Ali Diarrassouba, a salué leur venue : « Votre présence à Bingerville dit que la cause des enfants n’a pas de nationalité. »
Visiblement touchée, Madame Dominique Ouattara a tenu à remercier personnellement ses deux homologues d’avoir fait le déplacement pour soutenir la Fondation : « Cette marque d’affection que vous me manifestez me touche profondément. » Elle a eu des mots tout aussi chaleureux pour les stars et personnalités présentes, venues « associer leur image à cette noble cause qu’est la santé de nos enfants » : « Merci d’être à nos côtés. Je suis sincèrement touchée par votre présence. »
« Le premier tambour de la vie »
Le maître de cérémonie a planté le décor avec une image saisissante. Dans chaque maternité du monde, a-t-il rappelé, il existe un son que personne n’oublie. Ce n’est ni un cri ni un chant, mais un battement : « Le premier tambour de la vie, un petit cœur qui dit : je suis là. » Pourtant, ce tambour hésite parfois, bat de travers ou trop faiblement. Pendant longtemps, la réponse offerte à ces enfants avait un nom qui effrayait les familles : l’étranger. Elle signifiait un billet d’avion, une séparation et une attente.

Bingerville, « la ville des jardins, où l’on sait faire pousser ce qui est fragile », ouvre aujourd’hui une autre voie. À l’origine de cette œuvre, a-t-il insisté, il y a « une première main ». C’est celle de la Première Dame qui, il y a 28 ans, a fait aux enfants de ce pays une promesse qu’elle n’a jamais cessé de tenir, « pour que plus aucune mère n’ait à choisir entre son enfant et l’incertitude ».
Comme le veut la tradition, la parole a d’abord été donnée à la terre. Entouré de ses notables, Nanan Akré Léon, chef de terre d’Adjamé-Bingerville, a conduit la libation, puis il a posé avec les Premières Dames sous les applaudissements nourris de l’assistance.
Huit ans de croissance, un nouveau palier
Le directeur général de l’HME, Hachim Diop, a mesuré le chemin parcouru depuis l’ouverture en mars 2018. À l’époque, l’établissement réalisait moins de 2 000 actes médicaux par mois. Huit ans plus tard, l’hôpital a grandi, ses équipes se sont aguerries et il prend en charge des cas de plus en plus complexes.

En 2024, il a ouvert une maison d’accueil qui a déjà reçu près de 500 familles. Surtout, les patients les plus démunis représentent aujourd’hui 25 % de son activité. « Derrière ces chiffres, ce sont des enfants qui sont soignés, des femmes qui sont accompagnées et des familles qui ont trouvé des solutions de soins qu’elles n’auraient parfois pas pu financer. C’est cela qui donne tout son sens à cet hôpital », a-t-il souligné.
Il a salué les partenaires du projet. La Chaîne de l’Espoir est présente « depuis le début de l’aventure », en la personne de son président, le Pr Éric Cheysson. Le Pr Gabriel Ciss, directeur du Centre Cardio-pédiatrique Cuomo de Dakar, a accompagné la formation des équipes pendant deux ans. L’Institut de Cardiologie d’Abidjan et le CHU de Caen complètent cette alliance. S’adressant au ministre de la Santé, il a rappelé que ce pôle s’inscrit pleinement dans la politique nationale, qui vise à rapprocher les soins spécialisés des populations et à réduire les évacuations sanitaires.
Le chirurgien revenu au pays de son enfance
L’intervention du Pr Gérard Babatasi a été un moment d’émotion. Ancien chef du service de chirurgie cardiaque du CHU de Caen et chirurgien de la Chaîne de l’Espoir depuis plus de 25 ans, il dirige aujourd’hui l’équipe de chirurgie cardiaque pédiatrique de l’HME. « Je mesure l’immense honneur de créer un centre cardiopédiatrique à Abidjan, cette formidable ville où j’ai vécu mes 18 premières années », a-t-il confié.

L’idée est née dès 2020, avec les professeurs Alain Deloche et Éric Cheysson de la Chaîne de l’Espoir, à partir d’« un constat insupportable ». Les cardiopathies congénitales sont la première cause de mortalité infantile. S’y ajoutent les atteintes valvulaires acquises après un rhumatisme articulaire aigu, fréquentes dans la région. Fort de l’expérience d’un centre similaire monté au Cambodge, il a présenté un pôle conçu comme une chaîne de soins complète :
–un dépistage précoce ;
–deux salles d’échographie de dernière génération, équipées de sondes néonatales et transœsophagiennes ;
–un bloc opératoire agrandi, doté d’une machine cœur-poumon artificiel ;
–une réanimation intensive dédiée.

Les équipes locales ont été formées à Paris, à Dakar auprès du Pr Gabriel Ciss et à Abidjan auprès du Pr Euloge Kramo Kouadio.
Cette année, les premières interventions ont débuté chez des nourrissons et des enfants, d’abord à cœur fermé, puis, en fin d’année, à cœur ouvert. « Il suffit de fermer un trou dans une cloison cardiaque… plus facile à dire qu’à faire. Cela prendra le temps qu’il faut, mais la sécurité est notre priorité », a-t-il prévenu. Il a aussi rappelé la dimension sociale du projet : éviter l’appauvrissement des familles et rendre l’enfant guéri à sa fratrie.
Les enfants de la Case font chavirer la tribune
« Depuis tout à l’heure, nous parlons des enfants. Il est temps de les écouter. » Les pensionnaires de la Case des enfants de la Fondation Children of Africa ont alors pris la scène, et leur chant a ému l’assistance. « Ils n’ont pas tous une mère, mais ils ont tous aujourd’hui une maison », a glissé le maître de cérémonie. La Première Dame avouera plus tard qu’elle ne s’y attendait pas : « Ils ont fait ça sans nous le dire, et je dois dire que ça m’a beaucoup touchée. »

Le ministre : « Investir dans la santé de l’enfant, c’est investir dans l’avenir »
Pour Pierre Dimba, ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, ce pôle répond à « un besoin de santé publique majeur ». « C’est une ambition profondément humaine que nous consacrons aujourd’hui : donner à chaque enfant, quelle que soit la gravité de sa pathologie, une véritable chance de vivre, de grandir et de construire son avenir. »
Il a décrit l’espoir nouveau des parents, celui « de se soigner ici, de guérir ici, de voir grandir ses enfants dans notre pays ». Il a aussi averti qu’un équipement, « aussi performant soit-il, ne suffit pas à faire l’excellence médicale ». Pour lui, la vraie richesse du pôle, ce sont ses chirurgiens, cardiologues, anesthésistes, infirmiers et techniciens. Il a salué le plaidoyer de la Première Dame, grâce auquel, a-t-il révélé, le budget de la Santé a été revu à la hausse. Il a conclu : « La complexité d’une maladie ne doit jamais être synonyme de renoncement. » Il y voit une étape de plus vers la « grande Côte d’Ivoire » voulue par le Président Alassane Ouattara.
Dominique Ouattara, « une mère pour des milliers d’enfants »
« Il y a des discours qu’on écoute et des adresses que l’on attend », a lancé le maître de cérémonie en appelant à la tribune « une mère pour des milliers d’enfants ». Accueillie par une longue ovation, Madame Dominique Ouattara a livré une adresse à la fois chiffrée et profondément humaine.
Elle a d’abord rendu hommage à ceux sans qui rien n’aurait été possible :
La Chaîne de l’Espoir, représentée par le Pr Éric Cheysson et son épouse, le Pr Véronique Abadie. L’organisation « nous accompagne depuis de nombreuses années sur tous nos projets de santé », a-t-elle rappelé, avant d’ajouter : « Cet hôpital n’aurait pas pu être aussi fonctionnel et aussi formidable s’il n’y avait pas eu la Chaîne de l’Espoir. »

Le Pr Gérard Babatasi, pour son « dévouement » et son « expertise ».
Le Pr Euloge Kramo Kouadio, directeur général de l’Institut de Cardiologie d’Abidjan.
Le Pr Gabriel Ciss, directeur du Centre Cardio-pédiatrique de Dakar, qui a accueilli les équipes ivoiriennes « avec beaucoup de bienveillance ».
Ses « chers amis du monde de la santé » présents : le Pr Thierry Carmoi et les docteurs Jean-Pierre Lablanchy, Guy Cassuto, Nys et Michel Cohen.
Le Pr Séga Sangaré, président du conseil d’administration, et Hachim Diop, qu’elle a félicités pour leur « engagement constant au service des populations ».
Elle a ensuite raconté, avec émotion, l’origine du projet. En visite il y a quelques années, le Pr Alain Deloche lui avait suggéré d’installer un pôle de chirurgie cardiaque pédiatrique, afin d’opérer les enfants à cœur ouvert sur place. « Je lui ai dit : vous croyez que c’est possible ? Il a répondu : oui, avec vous, ce sera possible. »
Les chiffres qu’elle a rappelés disent l’urgence. En Côte d’Ivoire, une naissance sur cent est concernée par une cardiopathie congénitale, et 50 à 60 % de ces enfants auront besoin d’une intervention chirurgicale. Non soignées à temps, ces malformations menacent la vie des tout-petits. Elles pèsent aussi sur leur croissance, leur scolarité et leur épanouissement. « Et pourtant, une cardiopathie congénitale n’a rien d’une fatalité. Bien diagnostiquée et bien opérée, elle se soigne, et 95 % des enfants opérés atteignent l’âge adulte. »
Le nouveau pôle compte :
–un bloc opératoire adapté à la chirurgie à cœur ouvert des enfants et des nouveau-nés ;
–20 couveuses de néonatologie et de réanimation néonatale ;
–22 lits d’hospitalisation en chirurgie cardiaque pédiatrique ;
–un plateau complet d’exploration cardiologique.
« C’est une avancée majeure qui permettra de sauver de nombreuses vies d’enfants sur le sol ivoirien », a-t-elle affirmé. Elle a ensuite formulé un vœu : « Je forme le vœu qu’aucun enfant ne soit plus privé de soins cardiaques. Nous voulons donner à tous nos enfants une chance de vivre et de construire leur avenir, et rendre aux familles la joie de les voir grandir en bonne santé. »

Elle a adressé aux donateurs une gratitude appuyée : « Votre soutien ne nous a jamais fait défaut et je vous en suis infiniment reconnaissante. » Elle a enfin salué le personnel médical, les équipes d’accueil des familles et « toutes ces personnes qui s’impliquent chaque jour afin d’apporter soins et réconfort aux enfants malades ».
Du gala de 2024 au ruban de 2026
Cette aile est directement issue du 9ᵉ Dîner de Gala de la Fondation, tenu le 1ᵉʳ mars 2024 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire sous le thème « We are Africa ». Ce soir-là, devant un parterre exceptionnel, la Fondation s’était fixé pour objectif de réunir près de 4 milliards de FCFA pour financer une aile de chirurgie cardiaque pédiatrique.
Le 2 mai 2024, la Première Dame annonçait que l’objectif avait été largement dépassé. Deux ans et demi plus tard, la promesse a pris la forme d’un bâtiment, d’un bloc opératoire et d’une équipe. Avant même l’ouverture du pôle, deux missions chirurgicales internationales, en décembre 2022 et en janvier 2024, avaient permis d’opérer avec succès dix enfants et de former une équipe ivoirienne de sept professionnels.
Après le dévoilement de la plaque inaugurale et la coupure du ruban, Madame Dominique Ouattara a conduit la visite des installations, entourée de ses homologues angolaise et béninoise. Ce soir, au 10ᵉ Dîner de Gala, la Fondation Children of Africa écrira la suite. Mais ce matin, à Bingerville, le premier tambour de la vie a trouvé de nouveaux gardiens.
Philippe KOUHON
