Agriculture africaine : Le cri d’alarme de Wassilati Mbae face au sous investissement


Dans une publication sur son profil LinkedIn, Wassilati Mbae tire la sonnette d’alarme sur le gap financier entre le secteur extractif et le monde agricole, alors que l’Afrique cherche à assurer sa souveraineté alimentaire face aux crises que traverse le monde.

Conseillère stratégique en souveraineté économique et gouvernance des ressources, Wassilati Mbae, dresse un constat accablant. En une seule année, les mégaprojets extractifs ont capté 195 milliards de dollars sur le continent. Dans le même temps, l’agriculture africaine qui nourrit la quasi-totalité de la population n’a attiré que 49 milliards de dollars en 2022, loin des 200 milliards jugés nécessaires pour moderniser le secteur. Cette situation affecte gravement l’agriculture africain qui reçoit en moyenne neuf fois moins d’investissement que son homologue dans le reste du monde.

Selon l’experte, cette faiblesse du financement s’explique en grande partie par une mauvaise appréhension du risque, couplée à l’insécurité foncière. Le crédit bancaire alloué à l’agriculture représente moins de 4% du crédit total sur le continent, et les investissements directs étrangers (IDE) dans l’agroalimentaire peinent à dépasser la barre des 2 milliards de dollars par an.

« Un gisement se valorise sur un marché mondial standardisé, avec un risque documenté depuis des décennies. L’agriculture, elle, reste fragmentée, filière par filière, pays par pays, avec un risque que peu d’investisseurs savent encore lire », décrypte Wassilati Mbae.

Les gouvernements peinent également à prendre le relais. En moyenne, les dépenses publiques dédiées à l’agriculture n’atteignent que 3% des budgets nationaux, bien en deçà de l’engagement de 10% souscrit par les États membres de l’Union africaine lors de la Déclaration de Malabo en 2014.

Pour sortir de ce sous-financement, Wassilati Mbae, préconise de doter le secteur agricole de la même lisibilité financière que les industries extractives. Cela passe notamment par l’action des institutions de financement du développement (IFD) à l’image de Proparco, qui a engagé 924 millions d’euros en Afrique en 2025, dont 565 millions sur les chaînes de valeur agricoles afin d’absorber le premier niveau de risque pour rassurer le privé.

L’autre levier stratégique identifié est la mobilisation des fonds souverains africains. Pesant plusieurs centaines de milliards de dollars, ces fonds ont un rôle important à jouer en tant que co-investisseurs capables de partager le risque avec les investisseurs privés.

L’enjeu est d’atteindre les objectifs du « 2×30 Challenge », qui ambitionne de porter les financements annuels de l’agriculture africaine de 49 à 100 milliards de dollars d’ici 2030. Pour réussir cette trajectoire, Mme Mbae, recommande de construire les garanties de chaque filière.

Yaya K