La lecture croisée du classement CPIA 2025 (Country Policy and Institutional Assessment), qui évalue pour la Banque mondiale la qualité des politiques et des institutions nationales, et du Rapport public annuel 2025 de la Cour des comptes révèle moins une contradiction qu’un changement de niveau d’exigence.
La Côte d’Ivoire a consolidé son cadre institutionnel. Elle doit désormais franchir une nouvelle étape : transformer cette solidité institutionnelle en résultats publics efficients et durables.
Des institutions qui se consolident
Le score de 4,0 sur 6 obtenu par la Côte d’Ivoire à la CPIA 2025 témoigne d’une appréciation favorable de la qualité de ses politiques publiques et de ses institutions.
Classée 2ᵉ en Afrique, derrière le Rwanda, et 1ʳᵉ en Afrique de l’Ouest, elle se distingue par la solidité relative de son cadre macroéconomique, budgétaire, administratif et réglementaire. Ce positionnement traduit une gouvernance institutionnelle désormais reconnue à l’échelle continentale.
Cette appréciation positive signifie que le débat ne porte plus seulement sur l’existence des règles, des institutions ou des mécanismes de gestion. Il porte désormais sur leur rendement concret.
La Cour des comptes déplace la question vers l’efficience
Le rapport de la Cour des comptes rappelle qu’*atteindre un objectif ne suffit pas à caractériser la performance publique. En management public, la performance peut être appréhendée à travers le concept des 3F : L’efficacité, qui mesure le degré d’atteinte des objectifs. L’efficience, qui apprécie le rapport entre les résultats obtenus et les ressources mobilisées. L’effectivité, qui évalue les retombées concrètes de l’action publique sur les usagers.
Changer de paradigme : entrer dans une gouvernance cybernétique de la performance
La théorie de la relation cybernétique apporte un éclairage utile. Dans un système cybernétique, l’action ne s’arrête pas à la décision : elle repose sur une boucle de rétroaction. L’organisation fixe un objectif, agit, mesure les écarts entre résultats attendus et résultats observés, puis corrige son fonctionnement.
Appliquée à l’État, cette logique conduit à dépasser une gouvernance fondée principalement sur les procédures et la conformité. Chaque politique publique doit devenir un système capable de mesurer, apprendre et se corriger.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement : « avons-nous de bonnes institutions ? » Il devient : « nos institutions apprennent-elles de leurs résultats et corrigent-elles leurs écarts ? »
C’est ce passage de la gouvernance institutionnelle à une gouvernance apprenante, adaptative et orientée vers la performance qui constitue désormais le prochain seuil de transformation de l’action publique ivoirienne.
Dr. Kalilou Coulibaly
