Burkina Faso : des opposants recensent 86 enlèvements sous Traoré


Le Front anti-putschistes (Frap), collectif d’opposants burkinabè en exil, a publié le 30 septembre 2026 une liste de 86 personnes présentées comme victimes d’enlèvements ou de séquestrations depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Ce décompte, qui n’a pas été intégralement vérifié de manière indépendante, intervient quatre ans jour pour jour après le coup d’État de septembre 2022.

86 noms dans le contre-bilan du Frap

Intitulé « Les disparus d’Ibrahim Traoré », le document rassemble des journalistes, responsables politiques, syndicalistes, militaires ainsi que des proches d’opposants. Le Frap affirme qu’il ne s’agit que d’une première liste et estime à plus de 200 le nombre de personnes concernées.

L’existence du Frap et son travail de documentation avaient déjà été rapportés en avril par Le Monde. Le journal décrivait un collectif d’une vingtaine d’exilés cherchant à documenter les disparitions attribuées aux services de sécurité.

Des enlèvements déjà documentés

Les accusations du Frap s’inscrivent dans une répression plus largement établie. Human Rights Watch (HRW) rapporte ainsi que les journalistes Serge Oulon, Kalifara Séré et Adama Bayala ont été enlevés en juin 2024. Les autorités ont ensuite affirmé qu’ils avaient été enrôlés dans l’armée. Séré et Bayala ont depuis été libérés, mais Serge Oulon reste porté disparu.

En juin 2026, HRW, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et Reporters sans frontières (RSF) ont demandé aux autorités de révéler ce qu’il était devenu. Ces organisations dénoncent l’utilisation de la conscription contre des journalistes, militants et opposants.

Le contraste est lourd : le Burkina Faso a ratifié la Convention internationale contre les disparitions forcées et son Code pénal criminalise cette pratique. Quatre ans après le putsch, les autorités restent donc confrontées à une question précise : où sont les personnes toujours portées disparues ?

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info