Chronique du lundi – Côte d’Ivoire / le parc national de la comoe : les enjeux environnementaux, économiques et sociaux de l’écosysteme du tourisme vert


Si l’idée d’un parc national apparaît dès 1926, ce parc ne sera fondé qu’en 1953 sous le nom de « réserve de Bouna ». Par le décret n° 68-81 du 9 Février 1968, le parc prend définitivement le nom de « parc national de la Comoé », du nom du fleuve qui le traverse. Situé près de la frontière nord-est du pays, il est bordé à l’ouest par la rivière la Volta Noire, qui constitue la frontière nord-est, entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

Considéré comme la réserve naturelle la plus vaste (rn million d’hectares), la plus belle (savanes, prairies, étendues de forêt tropicale) et le plus riche en biodiversité (faune et flore) de toute l’Afrique de l’Ouest, le parc national de la Comoé a failli disparaître pour trois raisons.

D’abord, en raison du braconnage, des dégradations, du pâturage exagéré du parc par le bétail et de l’absence de gestion (aujourd’hui, le principal problème étant l’orpaillage clandestin) ;

Ensuite, à partir de 2002, le parc étant en plein dans les territoires sous contrôle des troupes qui tentent de renverser le président Laurent Gbagbo, le conflit armé va impacter l’intégrité du parc : 20 % de la surface totale reste sous le contrôle du gouvernement Gbagbo, 65 % sont sous le contrôle des troupes entrées en rébellion et 15 % constitue une « zone de confiance » démilitarisée qui sépare les belligérants ;

Enfin, en 2020 et en 2021, les attaques terroristes qui ont affecté Kafolo aggravent l’insécurité à la frontière avec le Burkina Faso, ce qui conduit à classer la région en zone rouge.

À ces trois moments de son histoire, alors qu’il représente une richesse inouïe pour la Côte d’Ivoire, le parc national de Comoé a failli disparaître. Dès son arrivée au pouvoir, la crise politico-militaire étant terminée, Alassane Ouattara, qui a conscience de l’importance que représente l’écosystème du parc, met un place un vaste plan d’urgence destiné à assurer la renaissance du parc : brigades anti-braconnage, sécurisation, équipements, formation des agents, animations rurales, surveillance de la faune.

Les résultats sont prometteurs avec, comme perspective, la relance du tourisme local, la mode est au « tourisme vert » car il ne s’agit pas simplement de protéger la nature, mais aussi, pour le gouvernement ivoirien, de faire du parc un maillon fort du développement socio-économique du nord-est ivoirien, une région pauvre. Les enjeux sont certes environnementaux, mais ils sont aussi économiques et sociaux.

La renaissance du parc national de la Comoé

Si, très tôt, le parc avait été reconnu comme un site du patrimoine mondial, en 2003, il avait été déclaré « site du patrimoine mondial en péril ». Le 4 juillet 2017, en raison de l’amélioration de l’état de conservation de la faune et de son habitat, il a été retiré de ce classement funeste établi par l’UNESCO, ce qui constitue une première pour un parc africain.

Aujourd’hui, le parc national de la Comoé est en train de renaître, ce que viennent confirmer une série de reportages réalisés en juin 2026 par RFI : 1) « Les habitants s’impliquent autour du parc national de la Comoé pour le protéger », 2) « La réussite de la relance du parc de la Comoé », 3) « Le parc national de la Comoé préservé grâce à des méthodes modernes de surveillance ».

Les trois objectifs prioritaires dans la relance du parc national de la Comoé sont aujourd’hui dépassés : l’objectif de la sécurisation du parc, l’objectif de l’implication des populations et l’objectif de la conservation de la faune et de la flore. Aujourd’hui, les principales menaces sont l’orpaillage clandestin, l’insécurité à la frontière avec le Burkina Faso et les attaques à caractère terroriste comme en 2029 et 2021 à Kafolo.

Pour le colonel Roger Kouadio, le directeur du parc de la Comoé, « les gens comprenant que l’autorité de gestion était sur place, les activités illégales ont commencé à régresser. Et cela s’est vérifié avec tous les inventaires aériens qu’on a pu faire et qui ont montré que les activités illégales étaient réduites. » Quant à la menace des groupes terroristes, une inquiétude réelle parmi les populations, elle est contenue.

Le lieutenant-colonel Kissi, qui survole le parc en ULM, pour assurer la surveillance, tient à préciser : « de 2023 jusqu’à aujourd’hui, 2026, depuis que je survole le parc national de la Comoé, en tant que pilote, jamais je ne suis tombé sur des groupes armés qu’on qualifie de terroristes ou autres. Donc ça reste toujours des rumeurs. Nous faisons le travail qu’il faut pour que les velléités d’installation ou bien d’attaques par des groupes armés terroristes, que cela ne soit pas une réalité. » Les autorités ont considérablement développé les méthodes modernes de surveillance.

Une chose est certaine, le gouvernement ivoirien sait qu’il existe à sa frontière avec le Burkina Faso une menace terroriste, comme il sait que la précarité et la pauvreté sont des facteurs qui poussent certains à rejoindre les groupes terroristes. La réponse ne peut pas être que sécuritaire. Des programmes d’urgence en faveur du développement sont nécessaires : santé, éducation, eau, électricité, opportunités économiques créatrices d’emplois et favorisant l’émancipation des jeunes générations et des femmes, etc.

L’écosystème du tourisme vert doit être mieux intégré dans le plan stratégique national « Sublime Côte d’Ivoire » visant à développer le tourisme à l’échelle du pays. Une zone protégée exceptionnelle comme le parc national de la Comoé possède un énorme potentiel de développement. Mais, on ne développe pas l’écosystème du tourisme uniquement avec du potentiel, il faut une offre complète, de l’information, des billets, de l’accompagnement, des structures d’accueil, etc. Dans le projet du gouvernement, il est question de faire du tourisme le troisième pilier de son économie

Des habitants impliqués pour protéger le national de la Comoé

Rien ne peut se faire sans la participation des habitants et la responsabilisation des populations. Dans son reportage publié le 20 juin 2026, RFI met en évidence le point suivant : « Pendant la crise politico-militaire qui a bouleversé le pays au milieu des années 2000, le parc de la Comoé, dans le nord de la Côte d’Ivoire, a été dégradé. Mais depuis sa reprise en main, l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) tente de changer les choses en impliquant les populations autour du parc. Ces habitants trouvent des activités alternatives au braconnage. »

Dans le même reportage, on apprend que des groupes de paysans entretiennent « plusieurs parcelles de concombre et d’oignons », que « l’apiculture et le maraîchage ont été introduits comme des activités de substitution, afin que les habitants aient des revenus, qui les détournent du parc de la Comoé ». Des séances d’information ont été organisées, afin de convaincre les populations de la nécessité de préserver le parc.

RFI donne la parole à Kouamé Ouattara, le responsable d’un groupement villageois, qui déclare : « On dénonce tout ce qui se fait dans le parc qui n’est pas légal : c’est-à-dire, quand il y a des orpailleurs ou des braconniers qui rentrent, on appelle l’OIPR qui envoie des éléments pour vérifier. Nous nous impliquons autant parce que nous connaissons l’importance par rapport aux dérèglements climatiques, et la préservation des animaux, des plantes. ».

Parmi les populations, une réelle prise de conscience sur les enjeux environnementaux est en train de s’opérer, mais cette prise de conscience reste soumise à la réussite d’activités économiques qui sont encore très aléatoires et dont certaines ont échoué.

Du statut de président bâtisseur au statut de président écolo

La Côte d’Ivoire évolue, se transforme. Les symboles de cette transformation sont les infrastructures économiques (routes, échangeurs routiers, etc.) Mais, la déforestation a pris des proportions alarmantes dans la seconde moitié du XXe siècle en raison de l’agriculture, de l’exploitation forestière et de la construction d’infrastructures.

Le rythme de la déforestation reste largement supérieur aux capacités de régénération de la forêt naturelle et des projets de reboisement, alors que le pays est menacé par le dérèglement climatique. Alassane Ouattara doit inscrire de la PND 2026-2030 le reverdissement complet de la Côte d’Ivoire (reforestation, préservation des 234 forêts classées, végétalisation des villes, etc.).

Où en est le programme quinquennal « Reverdir l’Afrique » qui a débuté en 2018 et dont les objectifs sont l’amélioration des moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la résilience au changement climatique de l’Afrique ?

Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org