Chronique du lundi – la Vè édition de l’université d’été des PME ivoiriennes, un évènement majeur qui s’inscrit dans un contexte nouveau

Organisée le 3 septembre 2026 par le CRS et la CPU-PME.CI, la 5ᵉ Université d’Été des PME ivoiriennes aborde le rôle du PND 2026-2030 comme levier de croissance. L'événement vise à dépasser l'illusion du « Tout-État » et le conflit historique politique-économie en valorisant le secteur privé, le capital humain et l'IA.

Les Universités d’été des entreprises sont-elles utiles ?

Organisée par le CRS (Centre de Réflexion Stratégique), que préside Justin Koffi N’Goran, la 5e édition de l’Université d’Eté des PME ivoiriennes se tiendra le jeudi 3 septembre 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire. Le thème retenu pour cette 5è édition est le suivant : « Le PND 2026-2030 : votre prochain levier de croissance ». Je ne dis pas que ces universités d’été des entreprises sont inutiles, elles sont même très utiles, mais elles se caractérisent, d’une année sur l’autre, par le retour des mêmes thèmes. On assiste à une ritualisation de la parole patronale avec des constats immuables et des slogans incantatoires sur la libéralisation de l’économie.

Les entreprises occupent ainsi l’agenda médiatique de la rentrée, assure la cohésion de la communauté de dirigeants autour des valeurs de la liberté d’entreprendre, dénoncent les freins à la libéralisation de l’économie et maintiennent un dialogue institutionnel avec la puissance publique tout en faisant pression sur le gouvernement et le législateur à travers l’énoncé des mêmes urgences programmatiques pour l’économie de demain. Les Universités d’Eté des entreprises se succèdent, mais, rien ne change véritablement, car les chefs d’entreprises parlent d’économie à des politiques qui, eux, s’adressent à des électeurs. Or, entre l’économie et la politique, deux domaines étroitement liés, les rapports restent très conflictuels.

Le secteur privé, l’impensé radical de l’Afrique des indépendances

Historiquement, en Afrique, le conflit entre la politique et l’économie mime le conflit entre les puissances coloniales et les mouvements de libération. Lors des vagues de décolonisation et des coups d’État des années 1960 à 1980, de nombreux pays africains adopteront la forme communiste de l’économie et la forme autoritaire du pouvoir politique d’inspiration marxiste-léniniste, le régime du parti unique favorisant l’immobilisme étatique. Un Etat comme la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny, qui choisit de réconcilier l’économie libérale et la politique en faisant du développement économique l’unique boussole, n’échappe pas aux limites structurelles d’un capitalisme d’Etat qui privilégie l’économie de la rente.

Le contrôle les secteurs clés (mines, agriculture, banques) par l’Etat produit quatre effets pervers : la politisation des postes, une bureaucratie lourde, budgétivore, improductive, hostile au changement, l’hypertrophie du secteur informel et une dépendance extérieure, technologique et financière, persistante. Les deux choix doctrinaux majeurs des années 1960 font que le secteur privé a été « l’impensé radical » de l’Afrique des indépendances.

L’émergence d’un secteur privé est, idéologiquement, impensable et, dans l’esprit de certains dirigeants, le secteur privé constitue même une menace pour leur pouvoir. Ce n’est que récemment que se construit, dans certains pays africains, un contexte nouveau qui vise à réconcilier l’économie et la politique.

Les PME ivoiriennes au défi d’un contexte nouveau dont le PND 2026-2030 est le symbole

Pour Geoffroy N’Dri, le directeur du CRS, « la 5è édition de l’Université d’Eté organisée par la CPU-PME.CI se déroule dans un contexte nouveau, celui du changement de paradigme dans le financement de l’économie ivoirienne. » Dès son arrivée au pouvoir, le président Alassane Ouattara a fait de l’économie le point d’ancrage de la reconstruction du pays. Les tragédies, qui se sont succédé de 1993 à 2010, ont montré qu’il existait dans la société ivoirienne des fractures persistantes. Le développement économique est le moyen de surmonter ces fractures.

Si l’Etat a joué son rôle en réalisant des investissements publics massifs dans les infrastructures, Ouattara a toujours pensé que le secteur privé est le véritable moteur de la croissance. Cependant, l’héritage des indépendances (idéologie de l’Etat-développeur infaillible et omniscient) et les faiblesses structurelles de l’économe africaine (manque d’accès crucial au crédit bancaire, infrastructures défaillantes, insécurité juridique, mise à niveau des qualifications professionnelles insuffisante) freinent encore le développement du secteur privé. C’est ce que ne manqueront pas de dire les intervenants lors de cette 5è édition de l’Université d’Eté des PME, tout en essayant de saisir les opportunités offertes par le contexte nouveau que crée l’architecture financière du PND 2026-2030.

Cette architecture repose sur des choix politiques clairs que fait le gouvernement afin d’accélérer la libéralisation de l’économie. Les analyses politiques actuelles mettent fin, dans le domaine de l’économie, à l’illusion du « Tout-Etat », ce qui ne veut pas dire la fin de l’Etat, une autre illusion que cherche à entretenir un libéralisme libertaire qui affirme qu’une économie nationale peut exister sans Etat.

Un déterminant essentiel : la valorisation du capital humain

Dans le développement du secteur privé, il existe un déterminant essentiel, souvent oublié ou négligé, la valorisation du capital humain. Pour Justin Koffi N’Goran, Directeur général de l’ARRE, « développer un réseau dense de PME dans la production manufacturière, la transformation locale des matières premières brutes et les services est un objectif que s’est fixé le gouvernement depuis 2011. Les gouvernements successifs, sous l’impulsion du Président Alassane Ouattara, ont créé les conditions qui permettent d’atteindre cet objectif.

C’est un choix politique clair. A court terme, puisqu’il s’agit d’améliorer la productivité et la compétitivité de nos PME-PMI, je ne voudrais pas qu’on oublie le rôle essentiel de la formation continue dans la valorisation du capital humain. Un domaine me semble essentiel, celui de l’Intelligence artificielle (IA), Or, l’IA risque de rester une simple parenthèse, si nous ne l’intégrons pas immédiatement dans nos processus de conception et de production. L’IA n’est pas un simple support, elle agit comme un véritable outil de production, capable de générer, dans tous les domaines, de manière autonome, des analyses de données et proposer des solutions. Je compte insister sur ce point, lors de l’Université d’Eté 2026 des PME. »

Se tenir au plus près réalités économiques et des réalités sociales

Lorsqu’en 2022, les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI considèrent que le secteur privé doit être le pilier de la relance économique en Afrique, elles n’oublient pas de dire qu’un développement inclusif et durable n’est possible que si l’Etat est suffisamment fort pour jouer son rôle d’instance de régulation. Si le vent de la politique souffle rarement dans la même direction que le vent de l’économie, ni la politique, ni l’économie ne peuvent refuser de considérer le monde réel, ce qui les conduirait à être hors-sol.

Ce monde réel oblige la politique à tenir compte des contraintes économiques. De la même manière, ce monde réel demande à l’économie de tenir compte des réalités sociales. La politique ne se réduit pas à l’économie, elle prend des décisions qui, en fonction des rapports de force entre les acteurs de l’économie, orientent les conditions de production des richesses et leur répartition dans la société.

Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org.