L’Intelligence Artificielle (IA) : définition, développement et impacts
Pour bien comprendre un domaine, il faut partir d’une définition simple, mesurer son développement, connaître ses applications, évaluer ses impacts immédiats, positifs et négatifs dans tous les domaines d’activité et notre vie quotidienne, mesurer les implications éthiques et se projeter dans le futur.
Définition simple : l’IA générative désigne la possibilité pour une machine, – un ordinateur qui reçoit des données collectées et préparées -, de reproduire des comportements qui relèvent des compétences humaines, tels que le raisonnement, la planification et la créativité. L’IA générative, à la demande de ses utilisateurs, gère d’immenses volumes de données, afin de créer de nouveaux contenus originaux (textes, images, sons ou vidéos).
Développement de l’IA : certaines technologies associées à l’IA existent depuis plus de 50 ans. Ce sont les progrès récents, en termes d’accès à une grande quantité de données, la puissance de calcul et le développement de nouveaux algorithmes, qui font de l’IA un outil dont la rapidité et l’efficacité modifient de façon significative nos manières de nous informer, réfléchir, penser, créer, travailler, vivre au quotidien, etc. Le stockage, le traitement et la distribution d’immenses volumes de données se font dans des infrastructures numériques, les « data center » ou centre de données. De puissants ordinateurs ou serveurs vont alimenter les services numériques (sites web, applications, e-mails, cloud), désormais accessibles en permanence.
Algorithme et Intelligence artificielle (IA) ; ce sont deux notions différentes, mais liées. L’algorithme est une suite finie et ordonnée d’instructions fixes écrites par l’humain. L’IA utilise des algorithmes qui, à partir de données, sont capables de résoudre seuls un problème, accomplir une tâche, imiter un raisonnement, créer des images, des sons, etc.
Impacts de l’IA : L’IA redéfinit tous les secteurs d’activité et elle est en train de transformer l’économie mondiale en étant un catalyseur d’innovation qui engendre des gains de productivité́ et améliore les conditions de vie, L’impact est alors positif. Mais, elle bouleverse les schémas de production traditionnels, entraînant des suppressions d’emplois et aggravant les inégalités de revenus. L’impact est alors négatif.
Ethique de l’IA : les problèmes soulevés par l’IA ne sont pas uniquement technologiques, économiques et juridiques, ils sont aussi profondément éthiques. L’éthique concerne la confidentialité́ des données et le fonctionnement des algorithmiques. Il devient nécessaire de définir des cadres réglementaires et un comportement éthique afin de contrôler le développement et le déploiement des technologies de l’IA. Des voix se font entendre appelant à une régulation stricte du développement de l’IA face aux risques existentiels (manipulation, désinformation, métiers menacés, statut de la création).
Projection dans le futur : la puissance de l’IA crée des écosystèmes favorables à la croissance et à l’innovation, mais cette puissance est telle qu’elle transforme tous nos processus de production, ainsi que nos repères traditionnels, qu’ils soient civilisationnels ou existentiels.
L’Afrique au défi de l’IA : réaliser un nouveau « leepfrog »
La question est de savoir si l’Afrique subsaharienne, en retard dans l’adoption de l’IA, peut rattraper ce retard et réaliser un nouveau « leepfrog » ou « saut de grenouille » dans la transformation de son économie. Le continent, grâce à la technologie du téléphone portable dont la majorité des Africains ont pu disposer, a déjà réalisé un formidable « leepfrog » avec l’argent mobile sans attendre la bancarisation complète du continent. L’IA contribue à réaliser le prochain « leepfrog » africain, car elle offre au continent l’opportunité de réaliser un bond en avant en sautant les étapes de l’installation des infrastructures lourdes du vieux monde.
Pour Franck Perrier (2), l’un des meilleurs spécialistes européens des contenus en ligne et de l’IA, « l’Afrique doit avancer le plus rapidement possible dans l’adoption de l’IA. Sachant que des investissements massifs dans les infrastructures numériques et le développement d’une IA souveraine nationale ou panafricaine sont à prévoir, ce que tous les Etats ne pourront pas faire, seuls, quelques pays africains se distinguent par leur avancée dans l’utilisation de l’IA.
Mais, tous peuvent déjà miser sur la formation continue en créant des structures de formation spécialisées dans l’IA, la priorité étant l’élévation des qualifications professionnelles que les progrès technologiques et la révolution digitale ont rendue nécessaire. La formation continue permet à l’utilisateur de bien comprendre ce qu’apportent les applications de l’IA : analyse prédictive, rapidité de décision, efficacité opérationnelle, gains de productivité́, d’innovation et d’avantages concurrentiels dans l’industrie, automatisation des tâches répétitives et routinière, amélioration dans les domaines de la santé, l’éducation, l’agriculture, des transports, des services publics (E-gouvernement, E-administration), etc. La formation continue doit être l’un des piliers de la transformation structurelle de l’économie africaine. Elle ne peut rester le parent pauvre d’un système éducatif qui survalorise la formation initiale. »
L’analyse que fait Franck Perrier est confortée par les orientations du PND 2026-2030 qui prévoient la modernisation de l’enseignement professionnel et le développement de la formation continue. En juillet 2026, Jean-Louis Moulot, ministre délégué auprès du ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, chargé de l’Enseignement technique dans le gouvernement Beugré Mambé II, a annoncé un plan qui fait de la formation technique un pilier du capital humain en portant le taux d’apprenants de 6 % à 10 %, en construisant de nouveaux établissements et en digitalisant les formations. Je partage évidemment cette volonté de moderniser l’enseignement technique, afin d’en faire une voie d’excellence au plus près des besoins des entreprises et du marché du travail. Dans le développement des compétences professionnelles, le rôle de la formation continue doit être valorisé, les progrès technologiques transformant radicalement, à une vitesse jamais vue, la nature du travail, les processus de décision et les mécanismes d’apprentissage.
L’Afrique doit développer sa propre intelligence artificielle
La genèse de l’IA montre que la technologie et les contenus qu’elle génère sont majoritairement documentés par la pensée occidentale et les puissances étrangères. L’absence de perspective africaine caractérise les technologies nouvelles et leurs applications, créant le risque d’une colonisation numérique. Le continent dispose-t-il des moyens nécessaires et des compétences pour concrétiser ses ambitions de souveraineté numérique ? Le défi est immense. La Côte d’Ivoire, en 2023, ne figurait qu’au 19è rang des pays africains engagés dans le développement d’écosystèmes propices à l’innovation technologique. Le gouvernement ivoirien, qui tient à rattraper son retard, a installé, parmi les priorités du PND 2026-2030, l’essor des startups et des entreprises axées sur l’IA.
(1) Dans son livre, le journaliste Pape Samba Kane, conduit un dialogue approfondi avec l’IA conversationnelle Gemini. Très pédagogique sur l’IA dont il décrypte les mécanismes, l’ouvrage ouvre une réflexion philosophique sur les impacts de l’IA dans nos sociétés. Il interroge aussi la place et le rôle de l’Afrique dans le débat actuel sur l’IA.
(2) Franck Perrier, président fondateur de la société IDAOS (www.idaos.com) et de la DIGITALACADEMY (www.digitalacademy.fr), a longtemps travaillé aux Etats-Unis, notamment dans l’une des sociétés de Bill Gates qu’il a dirigée. Spécialiste de l’e-réputation et de l’IA, il intervient régulièrement devant les plus grands groupes sur les stratégies d’adoption de l’IA.
Christian GAMBOTTI – Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org
