Après six années d’interruption, le Forum Afrique Expansion a signé son retour avec une 10è édition stratégique tenue les 31 août et 1er septembre 2026 au Palais des congrès de Montréal. À cette occasion, Marie-Laure Konan, PDG du Forum Afrique-Expansion a décrypté les dynamiques qui façonnent aujourd’hui les relations économiques entre l’Afrique et le Canada. Dans cet entretien, elle aborde notamment l’ambition et la vision du FAE, l’intérêt renforcé des investisseurs pour les marchés africains, les opportunités de coopération entre l’Afrique et le Canada , la place et le rôle du leadership féminin dans le développement économique.
Afrikipresse.fr : Madame, pouvez-vous vous présenter ?
Marie-Laure Konan : Je m’appelle Marie-Laure Konan, je suis la présidente-directrice générale du Forum Afrique-Expansion. Je suis très heureuse de pouvoir vous parler aujourd’hui, à l’occasion de cette 10e édition fu forum.
Quel est le contenu de cette 10e édition ?
C’est une 10e édition particulière, puisqu’elle intervient après une pause de six ans. Avec la COVID-19, le forum n’avait pas pu se tenir. Nous sommes donc aujourd’hui à la première édition post-COVID, mais également à une 10e édition qui constitue une véritable relance stratégique.
Cette édition intervient aussi à un moment important, celui de la première stratégie Canada-Afrique. Cette stratégie vient poser les bases et structurer les efforts que le Canada souhaite déployer dans ses relations avec l’Afrique.
Plusieurs pays sont représentés. Quels sont les pays qui occupent une place particulière dans cette édition ?
À chaque édition du forum, nous avons un pays vedette et des pays délégation. Pour cette 10e édition, la Guinée est notre pays vedette, tandis que le Sénégal est notre pays délégation.
Le pays vedette est celui qui est particulièrement mis en lumière. Il vient présenter son plan de développement, ses projets d’infrastructures et ses besoins en matière de financement devant les investisseurs et les différents représentants présents au forum.
Le pays délégation, quant à lui, est dans les « starting-blocks » pour se préparer à être éventuellement le pays vedette de la prochaine édition.
Après plusieurs échanges et rencontres, quel bilan faites-vous de cette édition ?
Je suis extrêmement satisfaite. Nous ne nous attendions pas à autant d’engouement après six années de pause. Les investisseurs et les entrepreneurs ont répondu présents au rendez-vous. Il y a beaucoup d’appétit pour l’Afrique. Tout le monde est là, tout le monde échange, tout le monde réseaute. Et c’est précisément le but d’un forum économique.
Vous êtes Ivoirienne. On constate également l’absence de la Côte d’Ivoire à ce forum. Quel commentaire pouvez-vous en faire ?
Je dirais que la Côte d’Ivoire se prépare. La Côte d’Ivoire se prépare pour la prochaine édition, je l’espère. C’est un grand pays d’Afrique et j’aurais souhaité que mon pays, la Côte d’Ivoire, soit le pays vedette de cette 10e édition anniversaire, qui est aussi une édition de relance stratégique.
Cela n’a pas été le cas cette fois-ci. Nous espérons donc que les autorités ivoiriennes pourront profiter de ce moment, observer les retombées et ce que nous sommes en train de faire pour les pays africains, et pourquoi pas devenir le pays vedette d’une prochaine édition.
Quelles sont les perspectives pour le Forum Afrique-Expansion ?
De manière générale, ça va très bien. La liste des pays intéressés est très importante, puisque beaucoup souhaitent devenir pays vedette.
Nous avons notamment les deux Congo qui souhaitent organiser le forum ensemble. La Guinée souhaite également nous inviter sur son territoire pour un autre forum. Nous avons la Mauritanie, le Cameroun et le Sénégal, qui souhaite revenir en force et reprendre sa place de leadership.
La demande est donc très forte. Nous regardons l’appétit des différents pays, mais surtout les opportunités d’affaires, afin de pouvoir choisir un pays vedette et l’accompagner dans son rayonnement au Canada.
Peut-on dire que le Forum Afrique-Expansion se positionne comme un véritable piste Afrique-Canada ?
Je le crois fermement. Il l’était déjà. Il y a eu une pause, mais aujourd’hui il revient encore plus fort.
Nous sommes dans un contexte particulier, notamment avec la guerre commerciale avec notre voisin américain. Mais surtout, nous sommes dans une période où se met en place une stratégie qui structure les différents avenirs de collaboration et de partenariat entre le Canada et l’Afrique.
Nous sommes partenaires des trois paliers gouvernementaux : le fédéral, le municipal et les provinces.
Le Québec et le Nouveau-Brunswick sont notamment nos provinces partenaires, et ce n’est pas fini. Tout le Canada se mobilise pour passer par le forum et aller chercher de nouvelles opportunités en Afrique, dans une logique d’affaires gagnant-gagnant.
On a également vu beaucoup de jeunes femmes mobilisées dans l’organisation. Quel message particulier adressez-vous aux jeunes femmes qui hésitent parfois à s’engager dans ces univers ?
Vous n’avez pas vu toute l’équipe, parce qu’il y a autant de femmes que d’hommes dans mon équipe. Mais, il est vrai que les femmes constituent un noyau important. C’est aussi une question de leadership féminin.
Moi, je mets de l’avant les femmes, mais également les hommes. Les femmes ont, en tout cas, une façon de travailler qui est extrêmement efficace. Je ne dis pas le contraire pour les hommes, mais je dois dire que ça fonctionne très bien !
Nous sommes une équipe soudée, et mes filles font également partie de mon équipe. J’aime les inspirer. J’aime inspirer les nouvelles générations, les femmes comme les hommes.
Tout est possible. Et je le dis souvent, le Canada est le pays des possibles. Il faut y croire, mais surtout, il faut foncer.
Je suis une personne qui n’aime pas beaucoup parler, mais qui aime prouver. Et le forum aujourd’hui en est la preuve. Quand on est dans l’action, tout fonctionne.
Par Lassina BAMBA
