Les régulateurs ivoiriens ont défendu une approche combinant réseaux terrestres et satellites pour étendre la couverture numérique. Le satellite doit compléter les réseaux terrestres notamment dans les territoires où la fibre ou les réseaux mobiles restent difficiles à déployer. C’est l’une des principales conclusions de la plénière conjointe tenue, le vendredi 25 septembre 2026, à l’occasion du jour 2 de la deuxième édition du Forum des radiocommunications couplée à la première édition de Africa space Expo (ASPEX).
Réunis autour de Lassina Konaté, directeur général de Digital Transformation Platform (DTP-CI), Koffi Gabriel de l’Agence ivoirienne de gestion des fréquences radioélectriques (AIGF), Zogbehé Dimitri de l’Autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire (ARTCI) et Kouakou Michel de la Société nationale de développement informatique (SNDI) ont examiné la place des technologies satellitaires dans la stratégie numérique ivoirienne.
La fourniture d’internet par satellite est déjà une réalité en Côte d’Ivoire. Selon l’ARTCI, trois opérateurs proposent leurs services, dont deux utilisant des satellites géostationnaires et un troisième une constellation non géostationnaire.

Pour le régulateur, cette évolution doit s’accompagner d’un cadre favorisant l’innovation, la concurrence et la protection des consommateurs. La question n’est donc pas de choisir entre satellite et réseaux terrestres, mais de déterminer comment les deux technologies peuvent se compléter.
Dans les zones déjà couvertes, le satellite peut concurrencer les infrastructures existantes. Dans les zones blanches, montagneuses ou peu rentables, il peut en revanche permettre de déployer rapidement une connexion là où la fibre ou la 4G nécessiteraient davantage de temps et d’investissements. L’ARTCI souhaite ainsi encourager les partenariats entre opérateurs mobiles et satellitaires et intégrer davantage cette technologie aux politiques de service universel.
La résilience des réseaux constitue également un enjeu majeur. Après les interruptions de connectivité liées à des incidents sur les câbles sous-marins, le satellite peut servir d’infrastructure de secours et maintenir certaines communications en cas de perturbation des réseaux terrestres.

La plénière a par ailleurs précisé le processus réglementaire. L’ARTCI examine les aspects réglementaires, la sécurité, la protection des consommateurs et des données, tandis que l’AIGF intervient sur les questions techniques liées aux fréquences et à la conformité avec les recommandations de l’UIT. Les analyses sont ensuite transmises au ministère compétent pour décision.
La SNDI a présenté son expérience en matière de connectivité satellitaire. Depuis 2006, elle exploite son propre réseau pour connecter des administrations, des universités et des centres de santé dans des zones isolées. Le dispositif est également utilisé pour certains besoins de sécurité. L’institution souligne par ailleurs que son hub et ses serveurs sont installés en Côte d’Ivoire : le satellite assure le transport, tandis que les données sont traitées localement.
Les opérateurs présents ont également exposé leurs stratégies. Orange a rappelé le lancement d’OrangeSat en janvier 2026, notamment pour contribuer à l’inclusion numérique dans les zones blanches. MTN Business a présenté une approche combinant fibre, 4G et satellite selon les besoins.

Pour les participants, le satellite ouvre principalement trois perspectives : étendre la couverture numérique, renforcer la résilience face aux coupures de câbles et soutenir des secteurs comme l’éducation, la télémédecine et l’administration numérique.
Au-delà de la part de marché du satellite, l’enjeu demeure celui des populations encore privées de connexion. Pour le ministère de la Transition numérique, la priorité est de permettre aux populations non connectées d’accéder aux services numériques.
À l’issue des échanges, le satellite apparaît ainsi comme un complément aux réseaux terrestres, particulièrement pour les territoires difficiles à desservir et pour la résilience des communications. Son développement soulève toutefois plusieurs défis, notamment le coût d’accès pour les ménages ruraux, la coordination avec les constellations étrangères en orbite basse et la sécurité des données.
Yaya K
