Il est 5 h du matin au marché de Bingerville, nouvelle gare. Un bruit sec retentit. Amadou, un vendeur de friperie (vendeur d’habits de femmes et d’enfants), vient de briser le fil de fer d’une balle ou d’un ballot de friperie de 50 kg. Autour de lui, une dizaine de femmes attend impatiemment, pour faire son choix.
Dans cette balle importée d’Europe se cachent peut-être des trésors de grandes marques ou des tissus invendables. Bienvenue dans la loterie de la loterie de la friperie, le poumon économique invisible de Bingerville.
Parlant du premier tri ou premier choix, les plus belles pièces sont achetées avant tout le monde par les revendeurs en ligne ou les boutiques branchées de Bingerville, puis les cadres de l’administration et les étudiants qui forment une forte communauté, en raison de la forte concentration des grandes écoles dans la ville.

Les mères de famille ne sont pas en reste, car elles représentent une clientèle fidèle. À côté de leurs propres achats, il y a ceux des enfants qu’elles font aussi.
À cause de l’inflation, les gamins ne peuvent plus s’habiller dans les grandes boutiques, témoigne Mme Mariam, 34 ans, mère de 3 enfants : « Habiller mes enfants pour la rentrée ou les fêtes devenait un casse-tête. Ici, avec 5 000 FCFA, je repars avec plusieurs tenues de bonne qualité. C’est une bénédiction. On garde notre dignité, sans se ruiner. »

La friperie permet aux parents de garder leur dignité de père ou mère de famille. Avec ce métier, ils s’occupent des siens. Loin d’être une activité informelle de second plan, la friperie nourrit de nombreuses familles à Bingerville.
Amélioration de condition de vie, réduction du chômage, création d’emploi
L’activité fait vivre toute une chaîne d’acteurs : grossistes, revendeurs, retoucheurs et blanchisseurs. Le marché de la friperie est l’un des rares endroits où les barrières sociales tombent. On y croise l’étudiant qui cherche un style original, mais aussi le cadre supérieur venu chercher une chemise de grande marque à un prix imbattable.
Impact économique et écologique
Avec des prix abordables : 500 ou 1.000 FCFA, il est possible de s’habiller en qualité et avec style. C’est une solution idéale pour les familles et les étudiants au budget limité.
La confection d’un nouveau T-shirt nécessite environ 2.700 litres d’eau, selon l’organisation de protection de l’environnement. Alors qu’acheter un nouveau jean ou une chemise de friperie permet d’économiser des ressources de la terre (eau) et d’éviter aussi la pollution, provoquée par la production industrielle.
Alain MARTIAL
