Interview – Alexie Alaïs, triple championne de javelot : « mon histoire parle surtout de résilience »


Après des blessures, le deuil et une suspension de 18 mois pour dopage involontaire, Alexie Alaïs signe son retour aux championnats de France de 2026. À Albi, la triple championne française de javelot remporte la médaille de bronze. Dans cette interview, l’athlète nous raconte ses combats, sa résilience et sa détermination à écrire un nouveau chapitre.

Présentez-vous à notre public qui a hâte de découvrir ou redécouvrir votre histoire ?

Je suis Alexie Alaïs, une athlète guyanaise spécialiste du lancer du javelot. Je pratique l’athlétisme depuis de nombreuses années et j’ai eu la chance d’avoir un beau parcours, avec plusieurs titres de championne de France, des sélections en équipe de France, un titre de championne d’Europe par équipes et un record personnel à 63,46 m (ce qui marque la deuxième meilleure performance française de tous les temps).

Mais au-delà de l’athlète, je suis aussi une femme, une maman et j’ai une vie professionnelle à côté du sport (éducatrice spécialisée). Ces dernières années m’ont fait traverser beaucoup de choses, sportivement mais surtout personnellement. Aujourd’hui, je pense que mon histoire parle surtout de reconstruction, de persévérance et de résilience.

[L’athlète Alexie assume son erreur, mais pas comme un fardeau]

Racontez-nous votre « descente aux enfers ». Vous avez été suspendue pendant 18 mois pour dopage. Pourquoi une peine aussi lourde si la consommation n’était pas intentionnelle ?

Je n’aime pas forcément parler de « descente aux enfers », mais ça a clairement été l’une des périodes les plus difficiles de ma vie.

Tout a débuté à la suite de ma grave blessure en 2020. J’ai pris du poids pendant cette période et mon médecin m’avait conseillé de faire attention à cela. Pour m’aider, j’ai pris un complément alimentaire. Sauf que j’ai été suspendue 18 mois à la suite d’un contrôle positif lié à la prise de ce complément, dans lequel une molécule n’était pas indiquée dans la liste des composants. 

Ce n’était en aucun cas une prise dans un objectif d’amélioration de mes performances sportives. 

J’avais pourtant pris des précautions. J’avais vérifié la liste des composants et même fait traduire le produit par un traducteur certifié. Mais en tant qu’athlète, on reste responsable de ce que l’on consomme. J’ai expliqué tout cela à l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage, ndlr), mais il m’a été reproché un manque de vigilance.

Avec le recul, je ne cherche pas à effacer ce qui s’est passé ni à fuir ma responsabilité. Ça fait partie de mon histoire. Par contre, je refuse que ces 18 mois résument toute ma carrière et toutes les années de travail qu’il y a derrière.

[Une vie pas si tendre, avec la sportive]

Cette sanction vous a éloignée des stades sans soutien. Comment avez-vous vécu cette période et comment vous en êtes-vous sortie ?

Ça a été difficile parce que du jour au lendemain, tout s’arrête. Tu n’as plus de compétition, plus les mêmes perspectives et forcément certains soutiens disparaissent aussi.

Mais le plus difficile n’a pas été seulement sportif. Pendant cette période, j’ai vécu énormément de choses dans ma vie personnelle. Je suis devenue maman et j’ai également perdu mon petit frère quelques mois après. Il y avait donc beaucoup de choses à gérer en même temps.

Aujourd’hui, je pense que mon histoire parle surtout de reconstruction, de persévérance et de résilience.

À un moment, il fallait faire un choix : soit rester bloquée sur tout ce qui m’était arrivé, soit essayer d’avancer. J’ai choisi d’avancer, petit à petit. Je me suis reconstruite en tant que femme avant même de me reconstruire en tant qu’athlète.

Quel a été l’impact financier de cette période ?

Il a été important parce que le haut niveau coûte énormément d’argent, encore plus quand on vit en Guyane. Pour aller faire des stages ou participer aux compétitions en France hexagonale, il faut payer les billets d’avion, l’hébergement, la voiture, les déplacements, les soins, la nourriture… Ça représente rapidement plusieurs milliers d’euros.

Quand les soutiens diminuent, une grande partie repose directement sur toi. J’ai dû financer beaucoup de choses personnellement et chercher des solutions pour pouvoir continuer mon projet sportif. D’où ma cagnotte en ligne.

[Une cagnotte, pour relancer la carrière d’Alexie  : mais……]

Vous avez lancé une cagnotte pour financer votre préparation. Cet appel a-t-il fonctionné ?

Oui, j’ai lancé une cagnotte parce que j’avais besoin d’aide pour financer ma préparation et notamment mes déplacements et mes stages.

J’ai reçu du soutien et j’en suis vraiment reconnaissante. Chaque personne qui a participé, partagé ou simplement envoyé un message m’a aidée à sa manière.

Mais une cagnotte ne permet évidemment pas de financer toute une saison de haut niveau. J’ai donc continué à investir personnellement et à rechercher des partenaires et des aides. Ce qui était important pour moi, c’était surtout de tout mettre en œuvre pour me donner une vraie chance de revenir. Je connais mes capacités, je sais ce que j’ai déjà réalisé et je sais surtout que je n’ai jamais eu besoin du dopage pour lancer loin.

Certains de vos résultats ont été annulés et vous avez également été absente aux JO de Paris 2024. Cela a-t-il été difficile à porter ?

Le résultat annulé concerne mon titre de vice-championne de France hiver en 2023. À cette période, je lançais moins car j’avais choisi de me concentrer sur ma famille. Je m’étais dit que je voulais faire une dernière compétition pour le plaisir avant de construire ma vie de famille, puis cette suspension est arrivée.

[Je parlerais plutôt de reconstruction]

Contre toute attente, l’on vous retrouve aux championnats français 2026 où vous avez décroché une médaille de bronze. On peut qualifier ce retour triomphal de « résurrection » ?

Cette médaille a une saveur particulière parce qu’elle arrive après tout ce que j’ai traversé. Et surtout, elle arrive à Albi, une ville particulière dans mon histoire sportive parce que c’est là qu’en 2020 je m’étais gravement blessée alors que j’étais dans une très bonne période de ma carrière. Revenir plusieurs années après la blessure, les opérations, la maternité, la suspension, le décès de mon petit frère et tout ce qu’il y a eu entre les deux et repartir avec une médaille de bronze… Forcément, ça représente beaucoup.

Pour moi, c’était vraiment une boucle qui se bouclait. Mais je ne considère pas cette médaille comme une finalité. Au contraire, elle m’a montré que malgré toutes ces épreuves, j’étais encore capable d’être présente au niveau national. La médaille de bronze aux championnats de France 2026 n’est pas la fin de mon histoire. C’est plutôt le début d’un nouveau chapitre.

Je ne cherche pas à effacer ce qui s’est passé. Ça fait partie de mon histoire. Mais aujourd’hui, j’ai surtout envie que la suite soit écrite par ce que je vais accomplir. Et j’ai surtout envie de montrer à tous que tout est possible dans la vie. Que rien n’est une fin en soi. Avec de la volonté et un bon entourage, on peut traverser le pire et se relever de la plus belle des manières.

Quels sont vos projets  à court et long terme après ce retour ? 

Continuer. Je sais d’où je reviens, mais je sais aussi ce dont je suis capable. Mon record est à 63,46 et aujourd’hui mon objectif est de retrouver progressivement mon meilleur niveau.

À court terme, je continue à me reconstruire physiquement et techniquement, faire de bons stages de préparation et retrouver de la régularité au-dessus des 55 puis aller chercher beaucoup plus loin. Bien sûr pour cela, trouver des sponsors, partenaires et mécènes. 

À plus long terme, l’objectif reste de retrouver le niveau international, de refaire des sélections et de voir jusqu’où je peux encore aller.

Propos recueillis par Alain MARTIAL