LU POUR VOUS by CoolBee Ouattara « Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laisser le tomber » de Venance Konan

Dans cet essai provocateur, le journaliste ivoirien Venance Konan rejette la victimisation de l'Afrique face à son histoire. Il dénonce la corruption des élites, la mauvaise gouvernance et la mentalité d'assisté. L'auteur prône la responsabilité individuelle et collective, le travail et la dignité pour que le continent se développe par lui-même.

Le rapport à l’Occident et à l’aide, l’amour exigeant pour l’Afrique, la dignité et le travail, la mauvaise gouvernance, la responsabilité contre la victimisation sont quelques thèmes auxquels vous aurez droit si, vous votre envie de lecture rencontre « Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laisser le tomber » de Venance Konan.

Dans cet essai engagé et provocateur, le journaliste ivoirien Venance Konan s’attaque à ce qu’il appelle la « victimisation permanente » d’une partie de l’Afrique. Le titre, dur, donne le ton : il invite les Noirs, et par extension les Africains, à assumer leur responsabilité au lieu d’attendre éternellement une aide extérieure ou de toujours accuser l’Occident de colonisation, ou d’esclavage.

Venance Konan part d’un constat : malgré les indépendances, beaucoup de pays africains peinent à décoller. Pour lui, le discours dominant qui fait de l’Africain une victime éternelle de l’histoire est devenu un frein. Il dénonce une mentalité d’assisté, une élite souvent corrompue, et des populations qui refusent l’effort, la discipline et la remise en question.

L’auteur fustige la mauvaise gouvernance, le tribalisme, le népotisme et le culte de la personnalité qui gangrènent plusieurs États. Il critique aussi le rapport à l’argent facile, à l’assistance internationale et à l’émigration perçue comme seule issue. Selon lui, tant que l’Africain ne décidera pas de « se tenir debout » par lui-même, par le travail, l’éducation et l’exigence envers ses dirigeants, il continuera de « tomber ». Loin d’être un rejet de l’Afrique, le livre est un appel à la lucidité et à la dignité. Venance Konan revendique un amour exigeant pour son continent : arrêter de se plaindre, se battre pour des institutions fortes, valoriser le mérite et accepter de payer le prix du développement. L’idée centrale est donc celle de la responsabilité individuelle et collective.

Le principal mérite de l’auteur est son courage intellectuel. Dans un contexte où la parole publique africaine est souvent empêchée par le politiquement correct, il brise un tabou : celui de la critique interne. Son style est direct, sans langue de bois, parfois ironique, ce qui rend la lecture percutante. Il oblige le lecteur à sortir de la posture de la plainte pour entrer dans celle de l’action. L’auteur a aussi raison de pointer la responsabilité des élites africaines. La corruption, l’impunité et l’absence de vision sont des freins réels au développement, et il est sain de le dire sans détour. Le livre a donc une portée pédagogique : il interpelle la jeunesse à ne pas attendre un sauveur.

Cependant, la force du livre est aussi sa faiblesse. Le ton très tranché peut verser dans la généralisation. Réduire la situation de l’Afrique à un problème de « mentalité » occulte les pesanteurs structurelles : dette, accords commerciaux déséquilibrés, ingérences étrangères, pillage des ressources, effets durables de la colonisation. Dire « laisser le tomber » est une formule choc, mais elle risque d’être comprise comme un abandon, alors que la solidarité et la justice internationale restent nécessaires.

Enfin, l’ouvrage manque parfois de nuance historique et de propositions concrètes. Dénoncer est utile, mais il faut aussi montrer les chemins.

« Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laisser le tomber » est un texte dérangeant mais nécessaire. C’est un électrochoc pour inviter l’Afrique à la responsabilité. À lire comme un appel à la prise de conscience, à condition de le compléter par une analyse plus globale des enjeux géopolitiques.

« Si le noir n’est pas capable de se tenir debout, laisser le tomber » Michel Lafon, 2018.

CoolBee Ouattara.