Avec « Délices de l’esprit », Gbane Daouda, alias Kruger, fait une entrée remarquée dans la poésie ivoirienne et africaine. Ce recueil inaugural de vingt-quatre (24) poèmes est bien plus qu’un premier essai. C’est une profession de foi, un cri du cœur et une invitation à la réflexion.
Dès le poème « L’AUBE », l’auteur plante le décor de son univers : un univers spirituel, ancré dans la foi en Allah le Créateur et dans la conscience d’un ordre divin.
« L’AUBE » : « Par le ciel qui déchire le voile de la nuit.
Par la terre qui s’écroule de plis en plis.
Par le vent qui déverse ses toxines et ennuis…
Saches que rien n’est fortuit et seul l’Éternel
DIEU nous guide ». Dès ces vers, Kruger pose les bases de son œuvre : l’humilité devant le Créateur, la recherche du sens, et la certitude que rien n’arrive par hasard.
Ce qui frappe d’emblée dans « Délices de l’esprit », c’est la maturité de l’écriture. Loin d’être balbutiante, cette œuvre révèle un auteur qui maîtrise déjà les codes de la poésie classique. La structure, la syntaxe, le choix et la disposition des rimes, tout témoigne d’un travail profond et d’une passion ancienne. Selon ses proches, depuis l’école primaire, ses maîtres d’école avaient déjà décelé en lui les prémices d’un poète. Cette vocation, cultivée dans la discrétion, éclate aujourd’hui avec une cohérence saisissante. On ne peut parler de coup de chance : les 24 poèmes respectent tous les standards et respirent la même exigence. Ce sont 24 pépites.
À la base, Daouda Gbane est mécano-industriel de formation. Ce parcours technique, a priori éloigné des lettres, ne l’a pas empêché de développer une sensibilité aiguë. Au contraire, il lui donne un regard particulier : pragmatique, ancré dans le réel, mais toujours en quête d’élévation. À travers sa plume, il exprime son ressenti sur des sujets universels et profondément humains.
L’homme est au centre de son œuvre. Autour de lui gravitent plusieurs axes majeurs. D’abord, l’amour de soi et la quête de sagesse. Kruger exhorte au courage, à la dignité et à la connaissance de soi. Ensuite, l’amour du pays et l’unité africaine. Le poète se fait chantre d’une Afrique unie, fière de ses valeurs et tournée vers l’avenir. Puis, la foi en Dieu, fil conducteur du recueil. Pour Kruger, la spiritualité est le socle.
Enfin, il aborde des thèmes plus intimes comme la déclaration de flamme, avec pudeur et élégance.
Le recueil se clôt sur un poème puissant : « L’agonie du monde ». Le ton change. Le poète devient lanceur d’alerte et dresse le tableau d’un monde qui se délite : « Le temps se limite.
Le vent s’alourdit.
Les vagues de plus en plus se rident. L’air devient toxique…
L’individualisme devient un luxe,
Certes l’homme est devenu un humanoïde.
L’amour devient fictif.
L’amitié devient hypocrite ».
C’est la dénonciation de la perte des valeurs. Mais le dernier vers ramène à la spiritualité du début : « toute âme retournera à son Seigneur, l’Éternel unique Guide ». La boucle est ainsi bouclée.
En somme, « Délices de l’esprit » est une œuvre de foi, d’amour et d’alerte. C’est le témoignage d’un homme qui, malgré son métier technique, a choisi de nourrir l’esprit.
Nous souhaitons à Gbane Daouda que cette nouvelle aventure poétique lui procure tout l’épanouissement possible et qu’il ne se perde pas dans « le mirage humain ». Le Zanzan, la Côte d’Ivoire et l’Afrique ont là un poète à suivre. Une plume à encourager.
« Délices de l’esprit » de Gbane Daouda, dit Kruger.
Collection Plume Orange, 2026.
