Lutte contre la traite des enfants : Dominique Ouattara au cœur d’un partenariat historique avec Washington


À mi-parcours du Pacte pour la Protection de l’Enfance (CPC), signé en décembre 2022 entre Abidjan et Washington, les résultats sont là et ils parlent d’eux-mêmes : plus de 3 millions de personnes sensibilisées, 82 enfants victimes pris en charge, 83 magistrats formés, 11 brigades spéciales déployées à travers le pays. La Côte d’Ivoire, 7e nation au monde à bénéficier de ce programme américain doté de 10 millions de dollars, a ouvert le mardi 2 juin 2026 son deuxième dialogue annuel de suivi sous la présidence de la Première Dame Dominique Ouattara, architecte inlassable, depuis près de trois décennies, de la protection de l’enfance ivoirienne.

C’est dans les locaux de son Cabinet, à Abidjan-Cocody, que la Première Dame Dominique Ouattara a présidé, ce mardi 2 juin 2026, la cérémonie d’ouverture du Deuxième Dialogue annuel de suivi du Partenariat relatif au Pacte pour la Protection de l’Enfance (CPC). Autour d’elle, ministres, diplomates américains, experts internationaux et représentants de la société civile : tous réunis pour faire le point sur une ambition partagée, celle d’arracher les enfants ivoiriens aux griffes des trafiquants. Les travaux techniques se poursuivent ce mercredi 3 juin avec les séances d’experts.

Un programme d’exception pour un pays exemplaire

Tout commence en juillet 2022, lorsqu’une mission d’évaluation du Bureau de lutte contre la traite des personnes du Département d’État américain pose ses valises à Abidjan. Son verdict est sans appel : la Côte d’Ivoire remplit toutes les conditions pour intégrer le cercle très fermé des pays bénéficiaires du Child Protection Compact. Parmi les critères retenus : l’engagement politique des autorités, l’existence d’un plan d’action national de lutte contre la traite des enfants, la Côte d’Ivoire en élabore sans discontinuer depuis 2012 , une stratégie nationale de protection de l’enfance, et un classement honorable dans le rapport annuel du Département d’État.

Le 7 décembre 2022, la convention est officiellement signée au Cabinet de la Première Dame. La Côte d’Ivoire entre ainsi dans l’histoire comme le 7e pays au monde, après les Philippines, le Ghana, le Pérou, la Jamaïque, la Mongolie et la Colombie, à conclure ce type de partenariat avec Washington. Doté d’une enveloppe de 10 millions de dollars sur cinq ans (jusqu’en 2028), le CPC repose sur quatre piliers : prévention, protection des victimes, poursuites judiciaires et renforcement du partenariat. Sa mise en œuvre opérationnelle, lancée le 21 septembre 2023 par Dominique Ouattara elle-même, s’étend sur dix localités : Abidjan, Toumodi, Guiglo, Tiébissou, Man, Odienné, Soubré, Daloa, Korhogo et Bondoukou.

Le cadre de la journée posé par la directrice de cabinet

C’est Mme Sylvie Yao Patricia, directrice de cabinet de la Première Dame, qui a ouvert les travaux en situant le contexte et en déclinant le programme de ces deux journées. Elle a rappelé l’architecture de gouvernance du CPC, présidée par la Première Dame et rassemblant une dizaine de structures gouvernementales ivoiriennes, le Bureau américain de lutte contre la traite des personnes, l’Ambassade des États-Unis, et les ONG de mise en œuvre. Elle a précisé que la matinée, consacrée à la session institutionnelle de haut niveau, laisserait place l’après-midi à une séance technique des experts, qui se poursuivrait toute la journée du mercredi.

Les résultats à mi-parcours : des chiffres qui parlent

La substance de la matinée est venue de M. Akebou Sawadogo, directeur-pays de Save The Children International en Côte d’Ivoire, qui a présenté les résultats préliminaires de la mise en œuvre du CPC depuis septembre 2023, articulés autour des quatre piliers du programme.
Sur le pilier Prévention, le consortium d’ONG a réalisé 230 campagnes de sensibilisation à travers plusieurs formats : émissions radio, causeries communautaires, mobilisant pas moins de 12 langues nationales pour tenir compte de la diversité ivoirienne.

Au total, plus de 3 millions de personnes ont été touchées sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, 2 073 acteurs étatiques et non étatiques dont plus de 60 organisations de la société civile ont été formés aux typologies de la traite, aux mécanismes d’identification et de signalement, ainsi qu’aux lois ivoiriennes en vigueur. Le projet a également soutenu 878 familles dans la mise en place d’activités génératrices de revenus communautaires, et accompagné 540 familles dans l’élaboration de plans d’action communautaires, mobilisant les populations elles-mêmes dans le diagnostic de leur situation et la recherche de solutions.

Sur le pilier Protection, la prise en charge holistique des victimes est au cœur du dispositif. Le projet a appuyé plusieurs centres d’hébergement à travers le territoire national, permettant la prise en charge de 82 enfants victimes de la traite, originaires notamment du Nigeria, du Bénin et de la Guinée. 18 centres sociaux et complexes socio-éducatifs ont par ailleurs bénéficié d’un renforcement de capacités. L’intégration de la thématique de la traite dans les curricula de formation des instituts nationaux est en cours, et deux panels ont déjà été tenus auprès des auditeurs à Yamoussoukro.

Sur le pilier Poursuites judiciaires, 83 magistrats des cours d’appel d’Abidjan, Bouaké, Daloa et Korhogo ont été formés ; l’objectif final étant d’atteindre 200 magistrats. La formation de 200 agents des forces de l’ordre est également en cours. Ces efforts visent à garantir la tolérance zéro à l’égard des trafiquants et à renforcer l’effet dissuasif de la justice.
Sur le pilier Partenariat, 470 acteurs étatiques ont été formés sur le mécanisme national de référencement et les procédures opérationnelles standard. Le Comité national de lutte contre la traite des personnes (CNLTP) a été doté de matériel informatique et 90 représentants formés à l’utilisation de la base de données nationale centralisée. Au total, une centaine d’organisations nationales ont été impliquées dans l’ensemble des activités du programme, des préfectures de région jusqu’aux centres socio-éducatifs de proximité.

M. AKEBOU Sawadogo a tiré de cette expérience une leçon d’espoir : « Nous avons découvert qu’il existe une très forte expertise nationale en matière de lutte contre la traite en Côte d’Ivoire. Toutes les formations ont été réalisées par vos propres experts. C’est une force sur laquelle la Côte d’Ivoire peut s’appuyer pour aller encore plus loin. »

L’étude de l’Université du Massachusetts : une cartographie inédite

Dans la foulée, Mme Pauline Werner, conseillère de programme au Bureau de lutte contre la traite des personnes du Département d’État américain, a restitué les premières conclusions de l’étude menée entre 2023 et 2025 par l’Université du Massachusetts Lowell. Combinant volets qualitatif et quantitatif, cette recherche a estimé la prévalence de trois types de traite des enfants dans les zones d’Abidjan, Yamoussoukro et leurs environs : la servitude domestique, l’exploitation sexuelle commerciale des mineurs et la mendicité forcée. Les résultats seront analysés en détail lors des sessions techniques et publiés pour servir d’outil opérationnel aux acteurs de terrain.

Washington réaffirme son engagement

Mme Amy Rustan Haslett, coordinatrice principale par intérim des programmes internationaux au Bureau de surveillance et de lutte contre la traite des personnes du Département d’État, a planté le cadre idéologique du partenariat. « La traite des enfants constitue une grave violation des droits humains et une forme de criminalité transnationale organisée qui menace la sécurité ainsi que l’intégrité économique des nations », a-t-elle déclaré, rappelant que l’approche américaine repose sur trois axes : poursuite judiciaire, protection et prévention. Elle a également indiqué que le président Trump avait, dans un message de janvier 2026, renouvelé l’engagement des États-Unis dans ce combat et renforcé le financement des dispositifs d’aide aux victimes , un signal fort de la pérennité du soutien américain.

M. Junair Munir, chargé d’affaires de l’Ambassade des États-Unis en Côte d’Ivoire, a pour sa part rendu hommage à la Première Dame avec des mots chaleureux : « Je remercie Madame Ouattara pour tout ce qu’elle fait en faveur de la protection de l’enfance en Côte d’Ivoire, en Afrique et partout dans le monde. » Il a souligné que le soutien américain vise à construire un avenir de « demain des enfants mieux protégés », contribuant à la stabilité régionale, à la réduction des migrations irrégulières et à une prospérité partagée.

Le gouvernement ivoirien face à ses responsabilités et à ses défis

La voix du gouvernement ivoirien s’est fait entendre à travers celle de M. Adama Kamara, ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, et président du Comité interministériel de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (CIM), qui coordonne l’action de quinze ministères.

Convoquant la pensée d’un écrivain et diplomate , « Les partenariats ne sont pas seulement des alliances d’intérêt. Ils sont des alliances de responsabilité pour construire un avenir partagé » , il a appelé à une convergence de volontés entre État, partenaires internationaux, communautés, secteur privé et société civile. Il a salué les avancées réelles enregistrées : renforcement des mécanismes de prévention, meilleure coordination institutionnelle, mobilisation accrue des acteurs communautaires. Mais il a aussi pointé des défis nouveaux et préoccupants : la mutation des formes de traite, de moins en moins cantonnée aux plantations agricoles et de plus en plus difficile à détecter, et surtout les flux migratoires liés à l’instabilité sécuritaire dans la sous-région, qui exposent des enfants déplacés à tous les risques d’exploitation. « Notre réponse doit évoluer. Elle doit être plus ciblée, plus adaptée aux nouvelles formes de vulnérabilité », a-t-il affirmé, avant de citer Nelson Mandela : « Il n’est pas de révélation plus nette de l’âme d’une société que la façon dont elle traite ses enfants. »

Mais le passage le plus attendu de son discours fut sans doute l’hommage vibrant rendu à la Première Dame, au nom du Premier ministre Robert Beugré Mambé et de l’ensemble du gouvernement : « Votre engagement ne relève ni de la circonstance ni du symbole. Il s’inscrit dans la durée, avec constance, vigueur et une profonde humanité. Ce n’est pas en devenant Première Dame que vous avez commencé à vous occuper des enfants. »

Le ministre a rappelé que l’engagement de Dominique Ouattara remonte à près de deux à trois décennies, évoquant notamment un épisode fondateur dans le quartier du Plateau à Abidjan où, au péril de sa vie, elle avait soustrait des enfants à un enlèvement. « Par votre action, la protection de l’enfant est passée du champ des intentions à celui des résultats concrets. »

Dominique Ouattara : le bilan d’une combattante

Le discours de la Première Dame Dominique Ouattara a été à la fois un bilan, une feuille de route et un acte de foi. Elle s’est réjouie des résultats encourageants obtenus depuis le lancement du CPC, et a tenu à remercier le gouvernement américain pour un financement déjà décaissé à hauteur de 8,2 millions de dollars ; soit environ 4,6 milliards de francs CFA mis à disposition des ONG de mise en œuvre. Elle a salué chaleureusement Save The Children International, l’Association des Femmes Juristes de Côte d’Ivoire (AFJCI) et l’ONG Droits et Dignité des Enfants en Côte d’Ivoire (DDE-CI), avant d’inviter la salle à « applaudir très fort » les ministères techniques engagés.

Passant en revue les quatre piliers, elle a rappelé ses propres réalisations depuis 2011 : des campagnes nationales de sensibilisation intensives, la construction d’infrastructures sociales de base dans les zones rurales (écoles, centres de santé, forages d’eau potable) pour réduire la vulnérabilité des enfants. Sur la protection, elle a mis en avant la mise en place des familles d’accueil comme alternative de proximité pour les enfants victimes, ainsi que la création du Système national d’observation et de suivi du travail des enfants. Sur les poursuites, elle a annoncé fièrement le passage de 5 à 11 brigades spéciales dédiées à la lutte contre la traite dans les différentes régions du pays. Sur les partenariats, elle a mentionné les accords bilatéraux signés avec les pays de la sous-région pour combattre la traite transfrontalière, ainsi que la collaboration active avec le secteur privé et les agences des Nations Unies.

Avant de déclarer officiellement ouverts les travaux du Deuxième Dialogue annuel, elle a lancé un appel solennel à tous : « Tous ces défis nécessitent davantage d’investissements et le renforcement des partenariats entre toutes les parties prenantes. C’est dans cette perspective que s’inscrit le partenariat CPC, véritable modèle de coopération et d’engagement commun. »

Une dynamique à consolider

À mi-parcours d’un programme qui court jusqu’en 2028, les résultats obtenus témoignent d’une dynamique nationale solide. Mais comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, les défis demeurent immenses : des formes de traite en mutation, des familles vulnérables à soutenir, des frontières à surveiller, et des générations entières dont l’avenir se joue aujourd’hui.

La Côte d’Ivoire a pour elle une architecture institutionnelle unique en Afrique de l’Ouest, une expertise nationale éprouvée, et surtout une Première Dame dont l’engagement, salué par Washington comme par Abidjan, a transformé une cause en politique d’État. Le reste des travaux , sessions techniques des experts ce mardi après-midi et toute la journée de mercredi devra déboucher sur des recommandations fortes pour consolider ces acquis et ouvrir la seconde phase du programme.

La session institutionnelle du mardi 2 juin s’est tenue de 11h à 12h30 au Cabinet de la Première Dame à Abidjan-Cocody, suivie d’une séance photo et d’un déjeuner offert par Dominique Ouattara à l’ensemble des participants. Les travaux techniques se poursuivent ce mercredi 3 juin 2026.

Philippe Kouhon