Ma chronique citoyenne – l’opposition radicale ivoirienne et les lois de la République : l’exemple de monsieur Koné Katina

Dans cette tribune, Djénéba Touré Kolosinski réagit aux déclarations du professeur Allou niant l'existence de l'ethnie dioula. Appelant à la rigueur historique et à la responsabilité citoyenne, elle invite à dépasser les passions pour faire de la diversité culturelle un facteur d'unité nationale plutôt qu'un sujet de division.

Une question simple : peut-on, au nom de l’opposition politique, s’affranchir des lois de la République ?

Pour comprendre l’affaire qui secoue aujourd’hui la Côte d’Ivoire autour de Justin Koné Katinan, j’ai voulu, comme souvent, commencer par le commencement.

Avant de parler de pouvoir, d’opposition, de RHDP ou de PPA-CI, posons-nous une question élémentaire : qu’est-ce qu’une formation politique ?

Un parti politique est une association de citoyens qui partagent des idées, des valeurs ou une vision commune de la société et qui ont notamment pour objectif de conquérir et d’exercer le pouvoir par les voies démocratiques. Il présente des candidats aux élections, élabore des programmes, structure les aspirations des citoyens et participe au débat public.

Bref, l’opposition n’est pas une anomalie de la démocratie. Elle en est l’une des composantes essentielles. Elle doit pouvoir critiquer le pouvoir, dénoncer ses erreurs, proposer une autre politique et, le moment venu, demander aux citoyens de lui confier les responsabilités de l’État.

Il existe cependant une autre évidence, que nous semblons oublier : l’opposition est libre, mais elle n’est pas au-dessus de la loi. Pas plus que le pouvoir, me direz-vous, à raison.

KONÉ KATINA : DE LA POLÉMIQUE POLITIQUE À LA PROCÉDURE JUDICIAIRE

L’actualité récente nous donne malheureusement un exemple particulièrement sensible. Le 7 septembre 2026, le RHDP a saisi le procureur à la suite de propos tenus quelques jours auparavant par Justin Koné Katinan, notamment sur la question de l’orpaillage clandestin. La plainte portait sur des faits de diffamation, d’injure par le biais d’un système d’information et de diffusion de fausses nouvelles.

À ce stade, nous étions encore dans le registre d’une confrontation politique et judiciaire classique : des propos contestés, une plainte et une enquête. Mais l’affaire s’est corsée par la suite quand le parquet a décidé d’étendre l’enquête à la participation présumée de Koné Katina aux troubles survenus durant la période électorale de 2025.

À l’issue de son audition, il a été placé en garde à vue, déféré devant la Section antiterroriste du Tribunal d’Abidjan, puis placé sous mandat de dépôt après l’ouverture d’une information judiciaire. Les charges évoquées par le parquet sont extrêmement graves. Mais précisément parce qu’elles sont graves, elles ne doivent être ni minimisées ni exagérées.

UNE ACCUSATION N’EST PAS UNE CONDAMNATION

Il appartiendra à la justice d’établir les faits et de déterminer les responsabilités éventuelles. La défense de Koné Katina conteste la procédure et son avocate dénonce « l’irrégularité des poursuites ».
C’est son droit. Et c’est également cela, l’État de droit.

MAIS OÙ S’ARRÊTE LE DROIT À L’OPPOSITION ?

La question que je souhaite poser est donc plus large que le seul cas de Monsieur Koné Katinan.

A-t-on le droit de critiquer le président de la République, de dénoncer son gouvernement ou de contester une décision politique ? Évidemment oui !

A-t-on le droit de manifester ? Bien sûr !

Mais peut-on, au nom de la liberté politique, franchir les limites fixées par la loi ? Non !

Cela doit être clair pour tous. Car si nous admettons qu’un militant ou un responsable politique (tous bords confondus) puisse se placer au-dessus de la loi, alors que l’Ivoirien lambda ne le peut pas, nous créons une République à géométrie variable. Et c’est la voie royale pour renoncer définitivement à l’État de droit. Malgré la dureté de la loi, elle reste celle qui régule la société et s’impose à tous. Dura lex, sed lex.

Voilà pourquoi je refuse de regarder cette affaire uniquement à travers le prisme du RHDP ou du PPA-CI.

Je conçois que le PPA-CI puisse dénoncer ce qu’il considère comme une procédure politique. Mais j’estime que nous devons aller au-delà des réactions partisanes et nous poser quelques questions : Quels sont les faits ? Que dit la loi ? La justice dispose-t-elle des éléments permettant d’établir les responsabilités ?

Voici ce qui doit nous préoccuper, non pas seulement chaque fois que la justice poursuit un opposant, mais également lorsqu’elle poursuivra un membre du pouvoir. Car la justice qui protège l’un doit aussi pouvoir protéger l’autre.

UNE OPPOSITION FORTE N’A PAS BESOIN DE VIOLENCE

Je réitère que notre pays a connu suffisamment de crises politiques pour savoir que les mots ne sont jamais totalement innocents lorsqu’ils sont prononcés dans un contexte de forte tension.

La Côte d’Ivoire a déjà payé un prix trop lourd pour jouer à cela. Nous avons besoin d’une opposition forte, mais une opposition forte n’est pas nécessairement une opposition violente. Elle peut combattre une politique sans combattre la République. Et surtout, elle peut vouloir conquérir le pouvoir sans considérer que tous les moyens sont permis pour y parvenir. C’est peut-être cela, la véritable maturité politique.

Pour conclure, je dirais que je ne suis ni juge, ni procureur, ainsi que chacun le sait.
Je ne sais donc pas si Justin Koné Katina est coupable ou innocent des faits qui lui sont reprochés. Ce n’est pas à moi de le décider. C’est à la justice, dans le respect des procédures et des droits de la défense, de le déterminer.

Mais comme citoyenne, je revendique le droit de rappeler un principe qui devrait être incontestable : En République, nul ne doit être au-dessus de la loi. La démocratie nous donne le droit de contester le pouvoir, mais elle ne nous donne pas le droit de nous affranchir des règles qui permettent à la République de rester debout.

La véritable victoire d’une opposition consiste à convaincre les citoyens qu’elle est capable de les gouverner. Car l’opposition est un droit. La contestation est un droit. La liberté est un droit.

Mais la loi est le cadre qui permet à tous ces droits d’exister. Et dans une République véritablement démocratique, il ne devrait y avoir qu’une seule règle : la liberté pour tous, la justice pour tous, et la loi pour tous.

Trop souvent encore malheureusement, certains de nos compatriotes pensent pouvoir choisir dans ce triptyque ce qui leur convient.

Djénéba Touré KOLOSINSKI