Mali : le JNIM transforme l’orpaillage chinois en source de financement

Au Mali, le groupe terroriste JNIM (affilié à Al-Qaïda) finance ses opérations en rançonnant l'orpaillage artisanal, ciblant particulièrement les exploitants chinois illégaux. Cette exploitation de l'or informel menace la sécurité économique régionale et pousse les pays voisins, comme la Côte d'Ivoire, à renforcer urgemment leur surveillance minière et frontalière.

Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, exploite les failles de l’orpaillage artisanal pour financer ses opérations. En ciblant des sites liés à des opérateurs chinois, notamment à Narena en mai 2025, le groupe transforme l’or informel en ressource de guerre. Une menace qui dépasse Bamako et concerne directement la sécurité économique de l’Afrique de l’Ouest, y compris la Côte d’Ivoire.

Le JNIM rançonne l’orpaillage chinois

Le JNIM ne cherche pas toujours à exploiter directement les mines. Il contrôle surtout les routes, les accès et la peur. Dans plusieurs zones aurifères maliennes, le groupe djihadiste rançonne de l’argent auprès d’exploitants artisanaux, dont des opérateurs chinois très présents. Ceux qui refusent de payer s’exposent à des enlèvements, pillages ou destructions.

Le 12 mai 2025, une attaque à Narena, au sud-ouest de Bamako, a visé un site aurifère artisanal. Trois personnes ont été tuées et deux ressortissants chinois enlevés. L’opération illustre une méthode : transformer l’or informel en revenu de guerre.

Cette présence chinoise est d’autant plus sensible que plusieurs témoignages et enquêtes pointent, depuis plusieurs années, des pratiques controversées dans les régions de Sikasso, Koulikoro et Kayes, notamment l’usage d’engins lourds, la dégradation de terres agricoles et des atteintes environnementales liées à l’orpaillage. En mars 2025 déjà, l’ambassadeur chinois avait été convoqué pour rencontrer le Premier ministre malien afin de rappeler la tolérance zéro face aux activités minières illégales. Les activités illégales chinoises vont dès lors bien au-delà du problème environnemental, elles participent à l’évolution du groupe terroriste dans la région.

Or malien : une faille sécuritaire régionale

Le Mali reste l’un des grands producteurs d’or d’Afrique. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives indique que les compagnies enregistrées ont produit 63 tonnes en 2021, contre environ 6 tonnes d’or artisanal en 2020 . Mais une partie du secteur échappe encore au contrôle fiscal et sécuritaire de l’État.

Pour le JNIM, cette « faille chinoise » est une opportunité. La Global Initiative against Transnational Organized Crime signale que la ville de Kayes est vulnérable à l’exploitation du secteur aurifère par le JNIM, notamment via les enlèvements d’orpailleurs chinois.

Une menace régionale pour la sécurité économique

Vu d’Abidjan, l’orpaillage illégal, les rançons et les routes transfrontalières peuvent nourrir l’insécurité régionale. La Côte d’Ivoire doit donc renforcer sa surveillance minière, financière et frontalière. En effet, la Côte d’Ivoire est également touchée par l’orpaillage clandestin menant à la pollution des fleuves dans la ville de Bocanda.

Dans cette guerre économique, l’or malien ne brille plus seulement sur les marchés : il finance aussi les attaques terroristes.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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