Accusée dans certains médias d’avoir vu disparaître 800 millions de FCFA de ses caisses, la Mutuelle des Douanes de Côte d’Ivoire contre-attaque. Dans une note adressée à ses adhérents, son Conseil d’administration affirme que ce chiffre additionne deux opérations financières anciennes et bien identifiées, dont l’une est toujours devant la justice. Pour lever tout soupçon, la mutuelle envisage de faire appel à l’autorité de régulation.
La riposte est venue par écrit. Dans une note d’information datée du 22 septembre 2026 et signée de son président, S. Souleymane, le Conseil d’administration de la Mutuelle des Douanes de Côte d’Ivoire (MUDCI) répond aux informations qui circulent depuis plusieurs jours sur un présumé détournement de 800 millions de FCFA. Objectif affiché : rassurer des mutualistes gagnés par l’inquiétude.
Deux opérations, un seul chiffre
Selon le Conseil d’administration, ce montant ne correspond à aucune somme disparue. Il serait le résultat de l’addition de deux opérations distinctes, toutes deux réalisées en 2017, sous le tout premier Conseil d’administration de la mutuelle.
La première, et la plus lourde, porte sur 700 millions de FCFA. Le 2 juin 2017, la MUDCI avait confié cette somme à BNI Gestion dans le cadre d’un mandat de gestion. C’est là que le dossier se complique. L’existence effective de ces fonds oppose aujourd’hui la mutuelle à la société de gestion devant les tribunaux.


La MUDCI a d’abord eu gain de cause. Une expertise financière ordonnée par la justice a confirmé la présence du montant dans les comptes de BNI Gestion, au profit de la mutuelle. Le Tribunal de commerce a ensuite condamné BNI Gestion à verser plusieurs sommes à la MUDCI, dont les 700 millions en litige. Mais la société a fait appel et obtenu une décision favorable. La mutuelle s’est alors pourvue en cassation, et l’arrêt d’appel a été cassé. Le dossier attend désormais d’être rejugé par la juridiction d’appel de renvoi.
La seconde opération concerne 100 millions de FCFA, placés en dépôt à terme le 30 mars 2017 auprès de Diamond Bank, devenue depuis NSIA Banque. D’après la note, ce dépôt figure toujours parmi les avoirs de la mutuelle, et les intérêts qu’il a produits sont inscrits dans sa comptabilité. Les relevés bancaires, précise le Conseil, restent disponibles.
Conclusion de la direction : rien, dans les documents dont elle dispose, ne permet d’affirmer que ces 800 millions auraient été détenus ou empochés par un dirigeant, un agent ou toute autre personne de la MUDCI.
Ne pas tout mélanger
Le Conseil d’administration s’attaque aussi à ce qu’il présente comme des amalgames. Les sanctions administratives récemment infligées à certains agents de la mutuelle, insiste-t-il, portent sur d’autres faits. Elles ne confirment en rien le prétendu détournement.
Même prudence au sujet du rapport du commissaire aux comptes. Ses observations, selon la note, doivent être lues pour ce qu’elles constatent réellement, sans être rattachées à l’affaire des 800 millions. Pour la direction, ces trois dossiers n’ont ni la même nature ni le même fondement.
Le régulateur appelé à trancher
Pour sortir de la polémique, le Conseil d’administration dit envisager de saisir l’Agence ivoirienne de régulation de la mutualité sociale (AIRMS). L’autorité pourrait ainsi mener les contrôles qu’elle jugera utiles, examiner les pièces en toute indépendance et, si nécessaire, en tirer les conséquences.
Une démarche qui reste, à ce stade, au conditionnel. Mais elle montre que la direction de la MUDCI a compris qu’un simple démenti ne suffirait pas à rétablir la confiance. En attendant l’éventuel verdict du régulateur et l’issue du procès contre BNI Gestion, les mutualistes devront se contenter de la version de leur Conseil d’administration.
Philippe KOUHON
