Portée par la vision de la Première Dame Dominique Ouattara, la troisième session de formation en gestion financière du FAFCI, dispensée en partenariat avec le Bureau du Québec et HEC Montréal, a été officiellement lancée ce lundi 22 juin 2026 à Abidjan. Un programme qui incarne quatorze ans d’un combat acharné pour l’autonomisation économique des femmes de Côte d’Ivoire.
Ce lundi matin, le Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire a vibré au rythme d’une ambition collective : celle de faire de chaque femme ivoirienne une cheffe d’entreprise accomplie. C’est dans ce cadre prestigieux qu’a été lancée la troisième session de formation du Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI), en partenariat avec le Bureau du Québec à Abidjan et la prestigieuse école de gestion HEC Montréal. Cinq cents femmes bénéficiaires du FAFCI, venues de toutes les régions du pays, allaient passer trois jours à se former au module intitulé : « Devenir autonome en gestion financière-Formation pour femmes en affaires ».
Empêchée d’être physiquement présente, la Première Dame Dominique Ouattara, présidente de la Fondation Children of Africa et initiatrice du FAFCI, a été représentée par Madame Maimouna Coulibaly, épouse du Vice-Président de la République. Son discours, lu avec émotion devant une salle comble, a néanmoins tout dit de l’âme de ce programme.
Un fonds né d’un constat, devenu une révolution silencieuse
Tout a commencé par des tournées humanitaires. Avant même de devenir Première Dame, Dominique Ouattara sillonnait la Côte d’Ivoire, observait, écoutait. Elle voyait des femmes courageuses, actives, essentielles à l’économie de proximité mais exclues du système bancaire classique, faute de garanties ou de caution. Ce constat a été le fondement d’une décision historique.
En novembre 2012, par décret présidentiel, le FAFCI voyait le jour, doté d’un capital initial d’un milliard de francs CFA. Quatorze ans plus tard, le bilan force l’admiration : ce capital a été multiplié par vingt-huit pour atteindre 28 milliards de FCFA, et ce sont plus de 430 000 femmes à travers tout le territoire national qui ont bénéficié de prêts à taux réduit, sans garantie, ni aval. Mieux encore, grâce aux remboursements affichant un taux exemplaire de 97 à 98 % , ce sont effectivement 100 milliards de francs CFA qui ont été investis et réinvestis au fil des années au profit de nouvelles bénéficiaires.
« Ce seul chiffre démolit le préjugé tenace selon lequel la femme serait un risque », a déclaré avec force Arthur Pascal Ahoussi, Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique, représentant le Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget. « Il établit au contraire que la femme ivoirienne est une emprunteuse fiable, une entrepreneuse vigoureuse et une partenaire de confiance. »
De la commerçante d’Abidjan à la productrice d’Odienné : des vies transformées
Pour mettre des visages sur ces chiffres, une bénéficiaire venue tout spécialement de Dimbokro, au centre du pays, a pris la parole lors de la cérémonie. Victorine a raconté avec une simplicité bouleversante comment elle avait un jour frappé à toutes les portes pour financer son projet de production d’attiéké, sans jamais trouver de réponse favorable. C’est en entendant un crieur public parler du FAFCI qu’elle a trouvé son chemin.
Avec un premier prêt de 100 000 francs CFA, remboursé en six mois à peine, elle a ensuite obtenu 300 000, puis 500 000 francs. Aujourd’hui, elle emploie directement plus de 200 femmes autour de son activité. « Grâce à moi, plus de 200 femmes ont trouvé de quoi vivre. Je suis si heureuse et si reconnaissante envers la Première Dame », a-t-elle confié sous les applaudissements nourris de la salle.
Son témoignage n’est pas un cas isolé. De la commerçante d’Abidjan à la productrice agricole d’Odienné, de l’artisane de Bouaké à l’éleveuse de Man, le FAFCI a transformé le quotidien des femmes dans toutes les régions et tous les secteurs d’activité. En touchant plus de 430 000 bénéficiaires directes, le fonds a impacté positivement la vie de plus de deux millions de personnes , car quand une mère s’en sort, c’est toute la famille qui respire.
Former, pas seulement financer : le pari de l’intelligence économique
Mais Dominique Ouattara a toujours su que le microcrédit seul ne suffit pas. Dès la création du FAFCI, une règle d’or a été posée : aucune femme ne recevra un prêt sans avoir d’abord suivi une formation gratuite et obligatoire. « Si vous n’avez pas reçu de formation, vous ne pourrez pas distinguer le capital du bénéfice », a rappelé Patricia Yao Sylvie, Secrétaire Exécutif du FAFCI et Directrice de Cabinet de la Première Dame, dans son discours de cadrage. « Comment savoir ce que vous pouvez dépenser, et ce que vous devez garder pour rembourser ? »
C’est dans cette logique qu’après deux premières sessions , l’une en avril 2025 destinée à 25 présidentes d’associations au sein du FAFCI, l’autre en mai 2026 à l’intention de dix femmes leaders , cette troisième session vise l’ampleur : 500 femmes bénéficiaires, pendant trois jours, sous la conduite du Professeur Nadon de HEC Montréal, dont l’expertise en gestion financière pour les femmes entrepreneures est reconnue bien au-delà des frontières ivoiriennes.
Le module dispensé « Devenir autonome en gestion financière » vise à doter les participantes des outils concrets pour gérer leurs ressources avec rigueur, consolider leurs acquis et faire franchir à leur activité un palier supplémentaire. L’objectif, selon la Première Dame elle-même, est clair : « Passer de l’informel au formel. »
Le Québec, partenaire de cœur d’une Francophonie économique solidaire
La présence de Madame Elisa Valentin, Vice-Ministre aux Relations Europe, Afrique, Moyen-Orient et mobilité internationale jeunesse du Québec, accompagnée de Madame Marie-Hélène Sultan, Directrice du Bureau du Québec à Abidjan, a illustré la profondeur d’un partenariat Nord-Sud qui dépasse les discours.
« La solidarité n’a pas de frontières », a insisté Madame Valentin dans son allocution. Elle a rappelé que l’engagement du Québec en Côte d’Ivoire se traduit aussi à travers d’autres initiatives concrètes, notamment le projet SAGA, mené en partenariat avec la FAO pour renforcer la résilience agricole face au changement climatique, avec les femmes au cœur du dispositif. « Lorsque les femmes disposent des moyens de réaliser pleinement leur potentiel, ce sont les familles, les communautés et l’ensemble de la société qui prospèrent », a-t-elle affirmé.
Le Bureau du Québec, ouvert à Abidjan en 2017, joue depuis lors un rôle de trait d’union entre les deux territoires, facilitant des partenariats éducatifs, économiques et institutionnels au service du développement durable.
Le secteur de la microfinance ivoirien en plein essor
Le Directeur Général du Trésor a également dressé un tableau chiffré de l’inclusion financière en Côte d’Ivoire, donnant à la cérémonie une dimension de bilan national. Au premier trimestre 2026, le secteur de la microfinance compte 45 institutions agréées, près de 2,9 millions de clients, et un encours d’épargne de 734 milliards de francs CFA. Le taux d’inclusion financière global est passé de 41 % en 2017 à 58 % en 2024, et 84,7 % de la population adulte utilise désormais au moins un compte financier actif.
Cependant, un point de vigilance demeure : les femmes ne représentent encore qu’environ un tiers de la clientèle du secteur de la microfinance. C’est précisément là que le FAFCI prend toute sa portée, en corrigeant délibérément ce déséquilibre et en dirigeant la ressource vers celles que le marché laisse trop souvent de côté.
Pour renforcer encore sa capacité d’action, le FAFCI est également en phase de signature de protocoles d’accord avec deux nouveaux partenaires financiers : AFGBank et la CDEACI, qui viennent rejoindre les partenaires historiques que sont la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire, l’UNACOOPEC et la GESCI.
Un modèle qui rayonne au-delà des frontières
Jean-Marc Yacé, Maire de la commune de Cocody qui accueille l’hôtel Ivoire, a ouvert la cérémonie par un hommage appuyé à la Première Dame : « Le courage et la résilience dont elle fait preuve nous conduisent à dire qu’elle est une citoyenne modèle, soucieuse du devenir des femmes de notre pays. » Il a salué ce qu’il a qualifié de « démarche hautement innovante », car elle permettra aux femmes d’acquérir les outils essentiels pour gérer un fonds destiné à être remboursé et donc à profiter à d’autres.
Dans son discours lu au nom de la Première Dame, Madame Maimouna Coulibaly a conclu avec des mots qui ont résonné comme un appel : « Vous êtes la preuve qu’une femme déterminée, résiliente et engagée peut parvenir à surmonter toutes les épreuves pour atteindre ses objectifs. Chacune d’entre vous est un maillon essentiel de la chaîne de développement de notre pays. Continuez à vous surpasser et à inspirer vos sœurs. »
La salle, galvanisée, a répondu par une ovation. Dehors, Abidjan continuait de vivre à son rythme , mais au Sofitel Hôtel Ivoire, 500 femmes s’apprêtaient à changer le leur.
Philippe KOUHON
Illustration photos
Cérémonie d’ouverture présidée par Madame Maimouna Coulibaly, épouse du Vice-Président de la République, représentant la Première Dame Dominique Ouattara — Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, lundi 22 juin 2026.
