Seth Koko annonce son retour au RHDP : « Je regrette sincèrement de m’être retrouvé contraint de m’opposer au président Ouattara »


Émissaire de l’opposition contre la candidature d’Alassane Ouattara en 2020, Seth Koko avait reconnu sa légitimité dès décembre de la même année. Six ans plus tard, le président de L’ALTERNATIVE-CI annonce son retour au RHDP, explique sa discrétion et justifie ce ralliement comme une suite logique de son engagement pro-Ouattara.

[Que devient Seth Koko ?]

Seth Koko, depuis la présidentielle de 2020 et votre mission diplomatique pour l’opposition, vous vous êtes fait discret. Que devient l’homme et que devient L’ALTERNATIVE-CI ?

Merci de me donner la parole. Avant tout propos, permettez-moi de saluer tous les militants et sympathisants de notre mouvement politique et citoyen qui m’ont fait confiance et accompagné depuis nos débuts, pendant la crise postélectorale de 2020 ainsi que ceux qui sont à mes côtés jusqu’à aujourd’hui, permettant une survie de L’ALTERNATIVE-CI. En effet, avant d’être politique, j’ai toujours été un chef d’entreprise qui a fait ses preuves en Europe et dans la sous-région. Donc après le chapitre électoral de 2020 où j’ai finalement reconnu la légitimité de la victoire du président Ouattara. 

Je me suis rendu discret pour trois raisons. La première était de respecter ma parole de facilitateur, mais aussi permettre au président réélu et reconnu en tant que tel de dérouler le programme de son mandat pour lequel les Ivoiriens l’ont réélu. Deuxièmement, je devais me concentrer sur la reprise de mes activités économiques. Et enfin, repenser une nouvelle stratégie de réinvention de L’ALTERNATIVE-CI pour l’avenir. 

Voyez-vous, étant de formation diplomate, je ne suis pas pour la confrontation violente. Je ne pouvais donc qu’être pour la posture républicaine qui consiste à soutenir la République et celui qui l’incarne ; d’où cette discrétion, sinon je me porte à merveille, L’ALTERNATIVE-CI avec.

Votre mouvement annonçait en 2021 son « expansion nationale ». Où en est-il réellement aujourd’hui ? Combien de militants, quelles implantations ?

Il faut rappeler que le mouvement L’ALTERNATIVE-CI est un produit du réseau de réflexion d’intellectuels ivoiriens, l’Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne (ACSCI), qui opère en France et en Côte d’Ivoire depuis 2010 et dont je fus président. Donc notre mouvement avant sa naissance bénéficiait déjà d’une base militante de 5 400 adhérents venant de l’ACSCI. 

Au moment de l’annonce de notre candidature, nous revendiquions déjà 2 402 délégués à travers le pays, pour 37 000 adhérents identifiés. Après ma décision d’adopter un nouveau programme d’orientation de L’ALTERNATIVE-CI qui se voulait désormais discret, une bonne partie de nos activités a été suspendue. Cela a entraîné le départ de plusieurs membres et nous comptons aujourd’hui 10 500 membres dont 1 090 délégués qui assurent la veille militante jusqu’au prochain congrès.

[Le bilan de 2020 et de la coalition du boycott]

En 2020, vous étiez l’émissaire diplomatique de la coalition de l’opposition, contre le mandat du président Ouattara. Avec le recul, quel bilan tirez-vous de cette séquence : échec, erreur ou combat utile ?

Je ne parlerais pas d’échec sous cet angle car la mission qui m’a été assignée par mon mouvement, qui consistait à nous opposer par la voie diplomatique et communicationnelle, produisait des résultats ; ce qui avait d’ailleurs séduit le président, feu Henri Konan Bédié, président de la coalition de l’opposition (CDRP) pour qu’il me désigne pour la conduite de plusieurs missions diplomatiques et de lobbying sur plusieurs continents. Par ailleurs, si vous parlez d’échec de l’action globale de l’opposition en son temps, je dirais oui. Erreur ou combat utile ? Permettez-moi de ne pas répondre à cette question aujourd’hui.

La désobéissance civile, la plainte à la CEDEAO, le CNT : rien n’a abouti. Regrettez-vous cet engagement au point de vouloir aujourd’hui adhérer au RHDP ?

Une plainte à la CEDEAO ou à l’ONU n’aboutit pas lorsque l’adversaire s’appelle Alassane Ouattara et qu’il est déterminé à faire valoir sa position ; la plainte n’aboutit pas lorsque vous-même qui avez porté plainte êtes le premier à féliciter et à reconnaître la victoire du président Ouattara et demandez à votre président de la coalition, bloqué dans sa villa depuis plusieurs semaines, risquant rupture de denrées alimentaires et médicales, de négocier la paix avec son jeune frère. 

La plainte à la CEDEAO n’avait plus aucune valeur dès lors que le président Alassane Ouattara réélu a prêté serment le 14 décembre 2020, devant le Conseil constitutionnel de la République de Côte d’Ivoire. Il venait là de gagner le combat. 

Vous demandez de savoir si je regrette ? Il est toujours exaltant pour tout être humain de mener des missions de défense des droits des masses populaires. Cependant, je regrette sincèrement de m’être retrouvé contraint de m’opposer au président Ouattara dont je suis un partisan depuis 2010 comme l’atteste mon passé de militant. C’est pour cela que j’ai aussitôt saisi la main tendue du président de la République à travers le Premier ministre feu Hamed Bakayoko, pour amener l’opposition au dialogue avec le pouvoir, afin de sortir la Côte d’Ivoire de la crise postélectorale. 

Concernant mon éventuel retour au RHDP, je dirais que lorsqu’on est en train d’habiller un masque, il n’annonce pas lui-même qu’il se fait habiller. Ce sont ceux qui l’habillent qui le présentent au public. Je ne démens pas cela mais à ce stade des échanges, laissons la primauté de cette nouvelle à la direction du RHDP qui sait s’y faire.

Dès décembre 2020, vous félicitiez le président Ouattara pour sa réélection, vous désolidarisant de fait de la ligne Bédié. Le retour au RHDP était-il déjà en germe à ce moment-là ?

Non, je ne me suis pas désolidarisé de la ligne du président Bédié, il savait à l’avance ce que je faisais. Rappelez-vous que les présidents Bédié et Ouattara s’étaient déjà rencontrés le 11 novembre à l’hôtel du Golf pour amorcer ce dialogue. Il n’était pas du tout question de contester la légitimité du président Ouattara, mais plutôt de créer les conditions de paix sous son magistère. Non, il n’était pas question d’un quelconque retour en germe à cette époque. Il était tout simplement question de faire preuve de réalisme, d’ouverture d’esprit et de responsabilité républicaine. 

On n’est pas en politique pour brûler son pays. C’est pour cela que j’ai toujours été disponible à aider les trois mastodontes de la politique ivoirienne à solutionner des dossiers complexes généralement liés à des médiations et soutiens aux principes étatiques du pays.

[Les allers-retours : cohérence ou opportunisme ?]

Vous étiez proche du RDR et pro-Ouattara. Pourquoi étiez-vous parti ?

Moi j’ai toujours été proche du RDR et un pro-Ouattara. Je l’ai démontré par des prises de risques et de positions fermes à l’époque en période de braise. Je n’étais pas vraiment parti parce que mon mouvement était d’idéologie sociale-libérale. Le RHDP est un parti libéral. Je suis resté admiratif d’un Alassane Ouattara bâtisseur et perfectionniste, et ça n’a jamais changé. 

L’ALTERNATIVE-CI avait été créé à la suite de la déclaration de retrait de la scène politique du président Ouattara. J’avais présenté le projet de création du mouvement au Premier ministre feu Amadou Gon, qui me recevait en avril de la même année. C’est malheureusement après que nous soyons rentrés en scène que nous nous sommes retrouvés contraints d’affronter le président Ouattara dès août ; d’où le retrait de ma candidature.

[Certains vous prêtent aussi une proximité passée avec le camp Gbagbo, avant votre engagement aux côtés du président Bédié. Pro-Gbagbo, puis pro-Ouattara, puis opposant chez Bédié, et maintenant retour au RHDP : cela ne fait-il pas trop de virages pour un seul homme ?]

Je ne me reconnais pas dans toute cette acrobatie de votre question. Je dirige depuis plus de 18 ans un cabinet de lobbying et conseil en stratégie multisectoriel mais plus sollicité en stratégie diplomatique et politique. Étant à la disposition de mon pays, lorsque je suis sollicité pour apporter mon expertise, je m’exécute tant que la question est d’ordre patriotique et républicain. C’est ce que j’ai fait pour le président Gbagbo dans l’ombre du ministre d’État Bohoun Bouabré, paix à son âme, pour la conception du projet de dialogue direct inter-ivoirien et l’accord de Ouagadougou. Cela fait de moi un patriote, un républicain et non un pro-Gbagbo. Vous connaissez déjà la mission qui m’a lié au président Bédié et l’histoire qui me lie au président Ouattara en tant que fervent défenseur, donc pro-Ouattara.

[Comment répondez-vous à ceux qui verront dans ce retour un opportunisme politique plutôt qu’une conviction ?]

Opportunisme en quoi ? Tu retournes auprès de quelqu’un dont l’étiquette t’est collée depuis des années pour l’avoir défendu bec et ongles, pour son accession au pouvoir, et on te traiterait d’opportuniste ? Et ceux qui ne croyaient pas du tout en lui, qui l’ont combattu et qui se sont finalement ralliés lorsqu’il a accédé au pouvoir ? 

Si je retourne au RHDP, ce serait une suite logique des choses car un fils retourne toujours chez son père. Je rappelle que mon activisme en faveur d’Alassane Ouattara, pour lequel j’ai pris fait et cause à travers l’Europe durant la crise postélectorale de 2010-2011, m’a valu l’inimitié et l’exil sous le régime Gbagbo. Et lorsque le président Ouattara a accédé au pouvoir, lors de sa première visite officielle en France, j’ai été reçu avec honneur à l’hôtel Pullman Paris 15ème, puis par l’ambassadeur SEM Ally Coulibaly. Il m’a été recommandé de rentrer au pays afin de participer à l’action de notre président. Une fois en Côte d’Ivoire, j’ai toujours été un privilégié du pouvoir Ouattara. 

Je n’avais donc aucune raison de fronder contre notre père, et je le regrette du fond du cœur. Vous me donnez ici l’occasion de présenter mes excuses les plus sincères à Son Excellence Monsieur le Président Alassane Ouattara, qui a été le premier à souffrir de cette maladresse de son fils et partisan que je suis, ainsi qu’à la grande famille RHDP.

[Le retour au RHDP]

Pensez-vous sincèrement que vous serez le bienvenu au RHDP, après avoir sillonné les capitales de la sous-région pour contester la légitimité de son candidat ?

Il y en a qui ont fait pire que moi que le RHDP a accueillis avec amour et fraternité. C’est la doctrine de son président, Son Excellence Alassane Ouattara, le vivre-ensemble, et c’est ce qui fait la force de ce parti.

Le RHDP est déjà fort, hégémonique même. Que peut apporter de plus Seth Koko à ce parti ? Vos réseaux ? Votre mouvement ?

Vous avez répondu à votre propre question. Mais croyez-moi, nous ferons plus que ça. Lorsqu’on entre dans un parti politique, on y rentre avec tout ce dont on dispose. Cependant retenez que le RHDP est un parti ambitieux et expert en prospective ; suivez mon regard. C’est ce qui le différencie des autres. Je suis de Guibéroua, donc d’une région en l’occurrence celle du Gôh qui est une région stratégique. Un parti qui se veut conquérant pour 2030 se prépare tôt et non à 18 mois des élections comme certains en ont l’habitude pour espérer gagner.

L’ALTERNATIVE-CI va-t-elle se dissoudre dans le RHDP ou garder son autonomie ?

Naturellement lorsqu’on entre au RHDP, on n’y va pas pour garder son autonomie ; les échanges en cours nous en diront plus au retour des vacances.

Ambitionnez-vous un poste, une fonction, une candidature sous les couleurs du RHDP ?

Aucun entretien d’embauche n’est en cours mais plutôt une action pour que Seth Koko revienne dans son parti d’origine, le parti des bâtisseurs de la Côte d’Ivoire qui rayonne. Pour les postes et fonctions, c’est le président qui décide et non moi.

[Actualité et message]

À la veille de la fête nationale du 7 août, avez-vous un message particulier pour le chef de l’État et pour les populations ivoiriennes ?

Le conseiller en stratégie d’investissement que je suis dirait que le président a lancé un vaste programme de développement accéléré de 2011 à 2020, et a consolidé ses acquis de cette période, de 2020 à 2025 avec toutes ces infrastructures modernes dans tous les domaines, marqués par un rayonnement diplomatique, sécuritaire et une influence économique sous-régionale jamais égalée. Je dirais au chef de l’État qu’il a accompli de grandes choses pour son pays. Qu’il peut être fier de lui-même car il a su se démarquer par la qualité de ses actions pragmatiques et visibles. 

Qu’avec son PND 2026-2030, la Côte d’Ivoire pourrait passer du statut actuel de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure pour atteindre l’émergence qu’il a tant souhaitée d’ici 2035. Qu’il est un leader digne de confiance qui rassure. Je demanderais aux Ivoiriens d’être fiers d’avoir un grand leader comme Alassane Ouattara, de fêter les 66 ans d’indépendance de notre pays avec l’espoir qu’on a de beaux jours devant nous, et qu’ils soient encore plus travailleurs. C’est ça qui paye.

Un mot pour ceux qui, dans l’opposition, vous considèrent désormais comme un « transfuge » ?

Je leur dirais de bien vérifier s’ils ne sont pas eux-mêmes en train de se surprendre à vouloir rentrer au RHDP, ou s’ils n’y sont pas déjà sous d’autres formes sans qu’ils ne s’en rendent compte.