Soul française : Imany présente son dernier album « Women deserve rage »

Imany, chanteuse franco-comorienne à la carrière internationale, présente son album intime Women Deserve Rage. Elle y explore sa reconstruction après son divorce et réhabilite la colère féminine. Engagée, elle utilise également sa notoriété pour briser le tabou de l'endométriose, tout en revendiquant une liberté artistique et stylistique totale.

Imany de son vrai nom Nadia Mladjao est une chanteuse, auteure, compositrice, interprète et mannequin franco-comorienne. Cette voix rayonnante et empreinte de mélodies et symphonies des îles, avec un savant mélange de sonorités françaises, s’est imposée année après année comme une digne représentante de la Soul française. Imany dans « Women deserve rage » son dernier album raconte sa vie de femme, évoque l’endométriose, cette maladie qu’elle a contractée à 23 ans, son divorce et sa restauration.

La Presse vous présente comme la nouvelle voix distinguée de la Soul. Qu’en pensez-vous ?

Je suis touchée que la presse me décrive comme nouvelle après plus de 15 ans de carrière internationale, je dois dire ! J’en suis évidemment touchée.

Votre amour avec la musique remonte à quand ?

Il remonte à l’enfance. Les parents ont toujours mis de la musique à la maison. Chanter est aussi naturel pour moi que respirer…

« Je ne suis pas une esclave de la mode »pouvez-vous dire plus sur cette déclaration ?

Je pars du principe que la mode est une forme artistique qui tend à proposer des tendances. Elle décrit ou impose une façon de se vêtir et donc de s’affirmer au monde. Personnellement, je suis sensible à la mode mais ça n’est pas un guide. Je prends ce qui me plait et ce qui me correspond sans en dépendre voilà tout. Ça ne m’intéresse pas d’être comme les autres. C’est d’ailleurs ma quête personnelle et intérieure qui me motive

Quelle est la chanson qui parle véritablement pour vous et touche sensiblement le public en cette année 2026 ?

Dans mon album c’est « All is One ». Un chanson qui dit en l’essence que nous sommes tous différents mais que nous faisons partie d’un tout. Que si l’un de nous souffre alors tout le monde souffre. Si l’un de nous se mixe alors il montre l’exemple aux autres.

Quel album ou titre souhaitez-vous présenter au public ?

Le dernier. « Women Deserve Rage ». Il est le plus en rapport avec qui je suis aujourd’hui. Et je suggère ensuite que les gens remontent ma discographie du début avec « The Shape Of A Broken Heart ». Là où tout a commencé…

[La lutte D’imany contre L’Endométriose]

L’endométriose est une maladie que vous avez connue à 23 ans. Aujourd’hui elle est devenue votre combat : peut-on en savoir plus ?

J’ai eu la chance d’être diagnostiquée relativement jeune, mais comme beaucoup de femmes, j’ai longtemps pensé que souffrir était normal. C’est justement l’un des problèmes de cette maladie : elle est invisible et la douleur des femmes est encore trop souvent minimisée.

Aujourd’hui, j’essaie simplement d’utiliser la visibilité que me donne mon métier pour en parler. Si une femme se reconnaît dans mon témoignage et consulte plus tôt, alors cela aura déjà servi à quelque chose.

J’habite ce combat depuis plus de dix ans, et beaucoup de choses ont évolué en France. Quand j’ai commencé à en parler, très peu de gens savaient ce qu’était l’endométriose. Aujourd’hui, je suis touchée de voir qu’il existe des centres spécialisés et que c’est devenu un véritable sujet de conversation chez les jeunes femmes.

J’espère que les générations qui arrivent auront moins honte de leur douleur et qu’elles seront davantage écoutées. Parce que lorsqu’une femme ose mettre des mots sur ce qu’elle traverse, elle ouvre souvent un chemin pour beaucoup d’autres. Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de la parole.

[Le divorce et la restauration de la chanteuse]

Quelle est l’histoire de l’album « Women deserve rage » ?

« Women deserve rage » est probablement l’album le plus personnel que j’ai jamais écrit. Il raconte les quatre dernières années de ma vie : un divorce, la reconstruction, le doute, mais aussi la découverte d’une émotion que l’on apprend très tôt aux femmes à réprimer : la colère.

Pendant longtemps, on nous a expliqué qu’une femme en colère était hystérique, ingrate ou dangereuse. J’ai voulu défendre l’idée inverse : la colère peut être un signal, une frontière, un acte d’amour envers soi-même. Cet album n’est pas un appel à la violence, c’est un appel à l’intégrité.

Mais c’est aussi un album qui parle de foi, de solidarité féminine avec notamment des interludes de copines. Derrière la rage, il y a la guérison, la joie et le retour à soi, mais surtout l’affirmation de soi. Taire sa colère est la plus grande forme de trahison.

[You will never now : le lancement d’une carrière certifiée aujourd’hui]

Quelles sont les distinctions de Imany ?

Je me suis fait connaître avec « You Will Never Know », qui a marqué le début de cette aventure incroyable. Ensuite, « Don’t Be So Shy » est devenu un immense succès international, atteignant la première place des classements dans une trentaine de pays.

Au fil des années, mes albums ont été certifiés disque de platine et disque de diamant dans plusieurs pays. J’ai eu l’honneur d’être nommée à deux reprises aux Victoires de la Musique en France, d’être également nommée aux Echo Awards en Allemagne, et de recevoir le prix de la Chanson de l’année aux Victoires de la Musique polonaise.

J’ai aussi la chance de me produire dans de grandes salles et des arénas à travers l’Europe, mais au-delà des distinctions, ce qui me touche le plus, c’est de voir que mes chansons continuent d’accompagner la vie des gens, parfois dix ou quinze ans après leur sortie. C’est sans doute la plus belle récompense pour une artiste.

Pour finir notre entretien que voulez-vous ajouter ?

J’aimerais simplement rappeler que nous avons plus que jamais besoin des artistes. Pas pour nous distraire du monde, mais pour nous aider à le regarder autrement.

J’espère que « Women Deserve Rage » donnera à chacun la permission de ressentir pleinement ses émotions, même celles que l’on nous a appris à cacher. La colère, comme la tristesse ou la joie, fait partie de notre humanité. Lorsqu’on cesse de les craindre, elles peuvent devenir une formidable force de transformation.

Et j’espère avoir bientôt l’occasion de partager cet album avec le public ivoirien.

Propos recueillis par téléphone, depuis Paris par Alain MARTIAL