La filière aurifère en Côte d’Ivoire
La filière aurifère ivoirienne connaît un formidable essor : la production d’or est passée de 24 tonnes à près de 60 tonnes en dix ans. Elle était de 59,33 tonnes en 2025, elle devrait passer à 62 tonnes en 2026 et atteindre les 69 tonnes en 2028. Avec une vague impressionnante de nouvelles mines, de Koné à Doropo en passant par Assafou et Boundiali, la Côte d’Ivoire entend devenir, d’ici 2030, l’une des destinations principales de l’exploration aurifère en Afrique de l’Ouest. A côté des puissantes multinationales qui exploitent des gisements industriels, il existe un écosystème aurifère, celui de l’orpaillage traditionnel, qui concerne plus de 500 000 personnes (un nombre sous-estimé), ce qui constitue aujourd’hui l’un des principaux bassins d’emploi informel du pays.
Pour la CPU-PME CI, que préside le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ, on ne peut pas considérer l’orpaillage traditionnel comme une activité en marge de l’écosystème aurifère. Dans une étude récente (Etude et Observatoire, Contribution n°2, août 2026), la CPU-PME.CI propose d’encadrer l’orpaillage traditionnel (conditions de production), de mettre en œuvre des projets de transformation locale (construction d’une usine d’affinage), de mieux protéger l’environnement. A terme, il s’agit « de faire émerger une véritable filière nationale de PME minières et environnementales, capable d’intégrer progressivement les acteurs de l’orpaillage, de professionnaliser les métiers, d’améliorer les pratiques et de créer des emplois durables. » (Source : Etude de la CPU-PME.CI).
La construction d’un modèle ivoirien d’exploitation minière responsable
Pour le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ, l’Etude de la CPU-PME.CI du mois d’août 2026 s’inscrit dans une réflexion générale sur l’industrialisation de la Côte d’Ivoire et la responsabilité environnementale des entreprises. Certes, il doit exister des champions nationaux, publics ou privés, capables de résister localement à la concurrence étrangère et d’exporter en devenant des acteurs de dimension internationale. Mais, il doit exister aussi un réseau dense de PME-PMI, puissant écosystème local, créateur d’emplois et de valeur ajoutée. Bien encadré, l’orpaillage traditionnel doit devenir le laboratoire d’une transformation des « milliers d’acteurs en entrepreneurs formels, en PME minières, en entreprises de services et en PME spécialisées dans la restauration des terres et la réparation environnementale. »
Les pouvoirs publics et les dirigeants des PME doivent accompagner cette double mutation de l’orpaillage traditionnel : transformation d’une économie informelle massive en une économie formelle, productive et responsabilisation environnementale. Dans son Etude, la CPU-PME.CI établit le constat suivant : l’orpaillage traditionnel « figure parmi les activités les plus destructrices par hectare et présente une particularité majeure : il ne se contente pas d’occuper le sol, il le déstructure et le dégrade profondément. » L’occupation, la destruction et la dégradation du sol s’aggravent avec l’orpaillage clandestin qu’il faut distinguer de l’orpaillage informel.
La production d’or, un important relais de la croissance ivoirienne
L’écosystème extractif ivoirien connaît un essor considérable. On assiste à la revanche du sous-sol ivoirien sur le sol, si l’on admet que la Côte d’Ivoire, sous Houphouët-Boigny, est essentiellement une puissance agricole. L’agriculture reste aujourd’hui encore le premier relais de la croissance ivoirienne, mais le secteur minier est en train de prendre le relais de la croissance du pays avec 16 766 emplois créés en 2023. Le dynamisme minier s’explique de deux manières : la richesse du sous-sol ivoirien et, de la part de l’Etat, une politique volontariste qui permet d’accompagner les investisseurs privés. En 2023, la Côte d’Ivoire s’est classée au 8è rang des producteurs d’or en Afrique et au 22e rang au niveau mondial.
L’or est désormais la ressource extractive la plus explorée en 2023 avec 174 permis soit 41 % des titres miniers. Le secteur enregistre 14 mines industrielles exploitées par des géants miniers mondiaux, qui investissent des milliards de dollars pour l’extraction à grande échelle, et 227 mines semi-industrielles. On compte 149 mines artisanales actives dans l’orpaillage traditionnel, qu’il faut distinguer de l’orpaillage illégal, un véritable fléau en Côte d’Ivoire avec des milliers de sites clandestins ces cinq dernières années. Combattre l’orpaillage illégal, particulièrement destructeur pour l’environnement et facteur d’insécurité, est une nécessité.
Le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ, président de la CPU-PME.CI, pose la question de l’orpaillage traditionnel, parfaitement légal, qui doit relever de nombreux défis : transformer une économie informelle massive en une économie formelle, productive, créatrice d’emplois et de valeur ; faire preuve de responsabilité en répondant aux pressions croissantes concernant l’impact environnemental. L’Etude de la CPU-PME.CI pose la question suivante : « Comment transformer ces centaines de milliers d’acteurs en entrepreneurs formels, en PME minières, en entreprises de services et en PME spécialisées dans la restauration des terres et la réparation environnementale ? ».
La CPU-PME.CI propose de passer « de l’économie de la destruction à l’économie de la formalisation, de la production et de la réparation. » Le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ précise : « c’est cette mutation que nous devons accompagner. » La CPU-PME CI ne demande pas moins de mines, elle invite les pouvoirs publics et les investisseurs privés à construire une « économie minière responsable, créatrice d’entreprises, d’emplois et de valeur pour les territoires » ; elle demande que « chaque activité minière prenne la forme d’une entreprise ivoirienne, et que chaque franc dépensé pour réparer l’environnement construit une entreprise ivoirienne. »
Pour l’Honorable Justin N’Goran Koffi, député de la circonscription d’Attiégouakro-Lolobo et directeur général de l’Autorité de régulation des récépissés d’entreposage (ARRE), « il s’agit, dans tous les secteurs d’activité de transformer l’économie informelle en secteurs économiques organisés. Comme le propose le Dr Elias-Farakhan Moussa DIOMANDÉ, l’écosystème de l’orpaillage traditionnel doit devenir le laboratoire du développement d’une filière stratégique, de la protection de l’environnement et de l’inscription dans une démarche éthique. Regardons du côté du Burkina Faso et du Botswana, deux pays dans lesquels l’Etat contrôle la production et la commercialisation de l’or issu de l’orpaillage traditionnel. Ce secteur, qui fait vivre de nombreuses familles en milieu rural, connaît de graves problèmes de précarité et de dégradation de l’environnement. Le système des récépissés d’entreposage, que nous utilisons à l’ARRE pour les matières premières agricoles, pourrait s’adapter aux petits producteurs d’or en Côte d’Ivoire. »
CHRISTIAN GAMBOTTI
Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) – Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chercheur associé au NASPI (New African Soft Power Institute) – Chroniqueur, essayiste, politologue – Directeur de collections – Contact : cg@afriquepartage.org.
