Zone de libre-échange continental : pourquoi l’Afrique doit accélérer la transformation locale d’ici 2035


L’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est présenté comme le catalyseur du commerce intra-africain. En fixant à 97 % la baisse des droits de douane d’ici 2035, un compte à rebours a été déclenché. Cependant, comme le souligne Wassilati Mbae, le marché à lui seul ne produit pas la richesse. Sans filières de transformation solides créées dès maintenant, cette opportunité pourrait échapper au continent.

L’Afrique continue d’exporter ses matières premières à l’état brut tout en ré-important des produits finis transformés à haute valeur ajoutée. Selon Wassilati Mbae, dans sa newsletter publiée sur LinkedIn, cette pratique s’accompagne de 30 à 50 % de la production alimentaire africaine perdue avant d’atteindre le consommateur, en raison de l’absence d’unités de transformation et de moyens logistiques adaptés. Pour exemples, les pertes post-récoltes dans les céréales sont estimées à plus 500 millions de dollars dans la filière maïs en Éthiopie et à plus de 30 millions de dollars dans le secteur riz au Burkina Faso.

Un point positif. Dès 2022, 7 pays dont le Ghana, le Rwanda et le Kenya ont intégré l’initiative de commerce guidé. Cette démarche porte sur des échanges préférentiels ciblant 96 produits tels que le café, le thé, les céréales et les produits bovins transformés. Ces États qui pourraient être les grands gagnants de la mise en œuvre de la ZLECAf ont en commun « des filières organisées avant que le marché s’ouvre».

Dans son analyse, cette experte en stratégie de souveraineté économique, gouvernance des ressources et politique agro-industrielle, estime un potentiel de transformation majeur pour trois filières : l’aviculture intégrée, les oléagineux et les céréales. L’aviculture intégrée autour de la production de maïs, de soja, d’aliments, d’œufs et de viande, repose sur une chaîne de valeur courte et facilement échangeable entre pays africains.

Le développement de ces filières va transformer les matières premières en produits finis pour les États, générer des emplois décentralisés entre le monde rural et les villes, réduire la dépendance envers les importations extra-continentaux et compenser la baisse des droits de douane par la création de valeur ajoutée au niveau national.

Les projections de la Commission économique pour l’afrique (CEA) indiquent que le commerce agroalimentaire intra-africain pourrait progresser de 60% grâce à la ZLECAf, soit un gain net de 58,6 milliards de dollars. « La ZLECAf crée le marché. Les filières agro-industrielles créent ce qu’on y vend. Le calendrier est fixé, la question est de savoir qui sera prêt en 2035. », résume-t-elle.

Yaya K